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Si les Français ont été très nombreux dans les trains l'été dernier, les aléas climatiques pèsent sur les finances. La perte en revenus s'élève même à 180 millions d'euros depuis le début de l'année si on ajoute les conséquences des tempêtes hivernales.
"Un été hors norme et particulièrement difficile mais qui a vocation à se banaliser". Le constat de Jean Castex, le patron de la SNCF, qui a dressé ce jeudi le bilan estival de la compagnie nationale est pragmatique. Les vagues de canicule qui ont frappé le pays dès le mois de mai et les nombreux incendies dans toute la France ont véritablement éprouvé le groupe. Tant humainement que financièrement.
De nombreux voyants sont passés au rouge avec
les conséquences de cette canicule sur les infrastructures (rails, caténaires) et les trains (climatisation)
. La régularité a ainsi chuté. En juillet, celle des TGV est tombée à 79% (contre 84% un an plus tôt) et celle des Intercités s'est établie à 64% contre 75% en 2025. Si la situation s'est un peu redressée en août, la SNCF a comptabilisé deux fois plus de minutes perdues à cause des aléas climatiques entre janvier et août.
Les grands retards, plus de 3 heures, ont bondi de 50% sur un an, soit 164.000 voyageurs TGV touchés et 16.500 clients Intercités. Même si la SNCF souligne que cela concerne moins de 1% du total des voyageurs, c'est "significatif", admet Jean Castex. Les annulations préventives de trains Intercités ont été particulièrement nombreuses : 630 trains annulés contre 217 en 2025, c'est trois fois plus sur un an. Si 89% du plan de transport a été assuré, c'est 6,3 points de moins sur un an.
50% de grands retards en plus et trois fois plus de trains Intercités annulés
Pour autant, le groupe ne regrette pas ce choix, un choix à contre-courant de la culture maison qui avait tendance dans le passé à faire partir des trains coûte que coûte. Mais avec des climatiseurs de trains Corail des années 1980 qui ne tiennent pas face à des températures extérieures supérieures à 38°, la protection des clients et des cheminots est devenue prioritaire.
"Nous assumons pleinement ces annulations préventives, on l'a fait de manière encadrée. Notre boussole, c'est d'éviter une panne en pleine ligne et en pleine chaleur", martèle Jean Castex.
Reste que ces retards, ces annulations qui donnent lieu à moins de ventes, à des remboursements pour les clients et à moins de péages versés à SNCF Réseau ont un impact financier. Et il n'est pas négligeable. Le manque à gagner en chiffre d'affaires pour cet été est évalué à 80 millions d'euros, "un montant qui ne prend pas en compte le coût des réparations sur les lignes et qui peut encore augmenter, tous les clients n'ayant pas encore fait jouer leurs garanties", précise Jean Castex. À date, 1,9 million de clients TGV sont éligibles à une compensation financière. Face aux retards de trains, SNCF Voyageurs a par exemple dû payer 6.800 taxis et prendre en charge 19.300 chambres d'hôtels cet été...
"Ça se verra sur les comptes du second semestre", prévient le PDG qui ne donne pas d'objectifs pour l'exercice 2026 même si l'objectif de 2 milliards d'euros de profits était caressé
après 1,8 milliard en 2025, un record absolu
. Car au total, depuis le début de l'année, les aléas climatiques ont déjà coûté 180 millions d'euros au groupe, l'hiver ayant été marqué par des tempêtes.
"Ça se verra sur les comptes du second semestre", prévient Castex
Cet impact est d'autant plus difficile à avaler pour le groupe que la fréquentation a encore une fois été au rendez-vous. 23 millions de personnes ont pris un TGV cet été, un niveau record égal à celui de 2025. Sans les nombreuses annulations vers le Sud-Ouest, cela aurait été certainement bien plus. Et si les nouveaux TGV M avaient circulé comme prévu cet été (ils sont encore retardés à cet automne), un record aurait pu être battu...
Côté Intercités, la baisse est de 10% sur un an à 2 millions de clients, une baisse mécanique due aux annulations préventives, et de 13,6% entre janvier et fin août malgré la bonne tenue des trains de nuit (plus de clients sur un an). Quant aux TER en régions, ils ont fait le plein : +3 millions sur un an à 67,3 millions de passagers.
Evidemment, la priorité pour le groupe est d'accélérer ses plans d'adaptation à ces vagues de chaleur qui ont été lancés il y a quelques années. Pour la compagnie, le défi est de taille : selon ses prévisions, à l’horizon 2050, les impacts du réchauffement climatique sur l’exploitation de son réseau ferroviaire seront multipliés par 2,5. "On n'a pas attendu pour s'adapter", souligne Jean Castex. La SNCF
martèle
ainsi que les nombreux travaux en cours sur le réseau intègrent déjà tous le changement climatique. Les caténaires par exemple sont au centre de ces évolutions et le nouveau matériel installé (340 millions d'euros par an) est plus résistant aux variations de température.
Les nouveaux trains comme le
TGV M
et les rames
Oxygène
pour les lignes Intercités (elles arrivent à l'été 2027) ont également été pensés pour mieux résister à la chaleur et éviter pannes et immobilisations. Mais il faut aller plus loin notamment avec de la maintenance préventive et d'autres actions comme le débrousaillage autour des voies, la sécurisation des arbres et des talus, l'adaptation des centres de maintenance... Les moyens à mobiliser sont colossaux : la SNCF entend porter les investissements dans le réseau de 3 à 4,5 milliards d'euros par an dès 2028. Reste à trouver les sources de financements, or la fameuse loi-cadre qui doit flécher une partie des revenus des concessions autoroutières vers le rail à partir de 2032
n'a toujours pas été adoptée
par les députés,
ce qui inquiète la SNCF
, tout comme le trou dans la raquette entre 2028 et 2032...
Pour aller plus loin->
Le réseau ferroviaire sera 2,5 fois plus exposé à l'horizon 2050: entre ses trains pas toujours adaptés et ses infrastructures vieillissantes, comment la SNCF tente d’anticiper le réchauffement climatique et les canicules?
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