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La startup lance sa première ligne entre Hambourg et Munich en mars prochain et affiche ses ambitions européennes notamment via Paris. Mais le chemin industriel et financier sera encore long.
Du train de nuit, oui mais confortable. Si plusieurs entreprises en mode startup comme
European Sleeper
et
GoVolta
ont relancé ces derniers mois le train de nuit en Europe notamment via Paris, elles visent avant tout une clientèle jeune avec des prix très serrés et du matériel ancien un peu rafraîchi afin de réduire au maximum leurs coûts. Nox Mobility a une autre approche. Basée à Berlin et présentée il y a un peu plus d'un an, l'entreprise va lancer en 2027 son premier trajet de nuit avec comme objectif d'essayer de devenir une
alternative viable aux vols court-courriers (1.500 km max).
Si la clientèle loisirs est visée, Nox (nuit en latin) lorgne surtout les voyageurs affaires afin de les détourner de l'avion. La startup ambitionne ainsi de remplacer les vols court-courriers européens et les nuits d'hôtel "par un seul voyage nocturne à prix comparable" et avec peu ou pas d'arrêts sur la ligne. "Les trains partiront des gares centrales en soirée pour arriver le lendemain matin au cœur des villes de destination, sans les contraintes du transport aérien — longs transferts, enregistrement, contrôles de sécurité", explique la startup.
À l'occasion du salon InnoTrans de Berlin, Nox a ainsi dévoilé une première voiture dotée de sa cabine privative. L'idée est donc de proposer à chaque voyageur, sa propre "Nox Suite", un espace de travail en journée, un espace lounge où se détendre le soir. Et comme le montrent les images ci-dessous, on est loin des vieux compartiments de trains nuit tels qu'on les voit aujourd'hui. Mais c'est le minimum pour attirer cette clientèle exigeante
qui a déjà clairement opté pour le train
pour les liaisons diurnes de moins de 3 ou 4 heures.
Le train de nuit Nox © Nox/Richard Lohs
Attirer une clientèle plus exigeante
"Chaque voyageur dispose d'un espace qui lui est propre, avec un grand siège, une table pour travailler et se restaurer, un rangement pour les bagages volumineux et des prises électriques à portée de main. En position lounge, le siège convertible offre deux mètres pour se relaxer le long de la fenêtre.
La "Nox Suite" du train de nuit de Nox Mobility © Nox/Max Kissler
La "Nox Suite" du train de nuit de Nox Mobility © Nox/Max Kissler
La Nox Suite du train de nuit de Nox Mobility © Nox
À InnoTrans, Nox Mobility donne également un premier aperçu des "Nox Rooms", futur produit phare de la marque, plus premium, composé de chambres privatives pour une ou deux personnes. Les "Nox Rooms" rejoindront la flotte Nox à partir de 2029", explique la startup.
La "Nox Room" du train de nuit Nox © Nox/Max Kissler
La "Nox Room" du train de nuit Nox © Nox/Max Kissler
"Aujourd'hui encore, prendre le train de nuit en Europe, c’est partager une cabine avec quatre ou cinq inconnus en espérant que le trajet soit à peu près supportable. Chez Nox Mobility, chaque voyageur dispose de son propre espace", indique Thibault Constant, cofondateur de Nox Mobility, fondateur de Simply Railway et trainfluencer. "C'est ainsi que nous mettons l'hospitalité en mouvement. Le train en est le cœur, mais ce n'est qu'un début." Le projet est également porté par Janek Smalla qui a contribué au lancement de Flixtrain en Allemagne en 2017, un opérateur qui commence clairement à monter en puissance face à
la compagnie historique
.
Dans le même temps, la compagnie annonce sa première ligne entre Hambourg et Munich en mars prochain avec des prix débutant à 65 euros l'aller simple. Le choix n'est pas anodin, la ligne est l'une des liaisons intérieures les plus fréquentées par avion en Allemagne (plus d'un million de passagers en 2024).
Des dizaines de liaisons sont également au programme: Barcelone, Paris, Milan, Rome, Vienne, Budapest, Stockholm depuis Berlin, Francfort, Munich..., dans un périmètre comparable aux
avions courts-courriers
, c’est-à-dire des liaisons n'excédant pas 1.500 kilomètres, soit 12 heures afin d'éviter les retards et les risques de dysfonctionnements liés aux très grandes distances.
Un lancement sous forme de test
Pour autant, il s'agit aujourd'hui de démontrer ce que Nox sait faire avec cette première offre et ces premières cabines privatives installées sur un matériel allemand de seconde main loué par Nox. Comme toute startup ferroviaire, Nox sous-traite certaines prestations comme la traction (la locomotive, son conducteur) et assemble son service, il aura néanmoins son propre personnel à bord.
Mais le chemin industriel et financier sera encore long pour déployer une vraie offre pan-européenne. Le train de nuit est une activité coûteuse, déficitaire et le matériel roulant est difficile à trouver et long à fabriquer. Si la startup a bouclé un financement de deux millions d'euros, mené par IBB Ventures "pour lancer ce premier train", les besoins sont énormes et les investisseurs attendent de voir. Car contrairement à European Sleeper ou à GoVolta qui s'appuient beaucoup sur le financement participatif, Nox entend lever du capital privé.
"Les investisseurs veulent voir si on est capable de faire mieux que la SNCF par exemple. C'est vrai que pour ce premier train, on a voulu aller vite alors ce n'est pas encore parfait même si c'est bien mieux qu'une couchette", nous explique Thibault Constant. "On va proposer une vraie valeur ajoutée, on sait que ça plaira, on veut faire la démonstration de notre offre".
L'ambition d'un réseau de 100 villes en 2035
"Évidemment que l'on cherche une nouvelle levée de fonds et il faut montrer qu'on est rentable avec ce premier train de nuit, en le remplissant, on va convaincre", veut croire le fondateur, "on a parlé à une centaine d'investisseurs, bien sûr, ils sont frileux". Reste que Nox a de bonnes idées, notamment du côté du sujet sensible du matériel roulant. L'idée est de ne pas partir de zéro: "Notre modèle, c'est de récupérer d'anciennes voitures et de complètement les rénover en y installant nos cabines. On apporte une carcasse et on met notre intérieur, il y a des fabricants qui savent faire ça", explique Thibault Constant.
"Le problème reste le financement et le calendrier mais on pourrait se grouper avec d'autres opérateurs et développer une sorte de plateforme commune où chacun déploie ses éléments d'intérieur. Avec cette approche, on gagne du temps et on réduit considérablement les coûts", poursuit-il. "Une fois qu'on a cette plateforme, ça peut aller très vite, il y a des capacités de production pour un produit standardisé".
Nox espère déployer ses offres en Europe, soit un réseau reliant 100 villes, d'ici à 2035. "On va d'abord commencer par le marché germanophone car c'est le plus adapté à notre positionnement et il y a une vraie culture du train. Et une fois qu'on aura atteint la maîtrise opérationnelle, oui, nous irons en France, en Italie...", promet le fondateur. Reste à savoir si Nox résoudra la difficile équation du train de nuit, par essence déficitaire
et compliqué à exploiter
.
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