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Après avoir frôlé les 110 dollars la semaine dernière, le baril de Brent est retombé sous les 100 dollars ce mardi. Une détente liée notamment au redémarrage d'un oléoduc stratégique en Arabie saoudite et aux espoirs diplomatiques autour de l'Iran. En France, les prix à la pompe donnent eux aussi de premiers signes d'accalmie, même s'ils restent à des niveaux extrêmement élevés.
Enfin un peu d'air pour les automobilistes? Alors que
la consommation de carburant a fondu de 30%
en France ces 10 derniers jours, le marché montre des signes d'amélioration.
Ainsi, après plusieurs semaines de flambée, le marché pétrolier connaît une nette détente. Le baril de Brent, référence en Europe, est retombé ce mardi sous la barre symbolique des 100 dollars, à son plus bas niveau depuis deux semaines.
Il évoluait autour de 98 dollars dans la journée, en baisse de plus de 2%. Le retournement est spectaculaire par rapport au pic de la semaine dernière. Le Brent avait alors approché les 110 dollars le baril, porté par les craintes sur l'approvisionnement en pétrole du Moyen-Orient. Par rapport à ce pic de mi-septembre, le baril a déjà reperdu près de 11%.
Le WTI américain a également fortement reculé. Reuters relevait dans la journée un Brent autour de 97,6 dollars.
Un oléoduc saoudien crucial redémarre
Cette détente s'explique d'abord par une bonne nouvelle venue d'Arabie saoudite. Riyad a commencé à remettre en service son immense oléoduc Est-Ouest, endommagé par des attaques de drones et interrompu depuis le 13 septembre. Ce pipeline de quelque 1.200 kilomètres traverse le pays et permet d'acheminer le pétrole des champs de l'est de l'Arabie saoudite jusqu'au port de Yanbu, sur la mer Rouge.
Il permet ainsi au pétrole saoudien de contourner le détroit d'Ormuz, devenu l'un des principaux points de tension depuis le début du conflit avec l'Iran. L'oléoduc redémarre pour l'instant à débit réduit et il existe encore des incertitudes sur la vitesse à laquelle sa capacité pourra être restaurée. Mais la perspective de voir davantage de barils arriver sur le marché suffit déjà à rassurer les opérateurs.
Selon une analyste de Sparta Commodities citée par le
Financial Times
, un retour à seulement 40% de la capacité de l'oléoduc pourrait permettre d'apporter environ un million de barils supplémentaires par jour sur le marché mondial. Sa capacité théorique maximale atteint environ 7 millions de barils par jour. Ce qui est loin d'être négligeable.
Du côté des analystes, on s'attend désormais à un atterrissage en douceur. Dans une note publiée lundi, la banque britannique Barclays a confirmé tabler sur un baril de Brent à 96 dollars à fin 2026 et à 85 dollars l'an prochain.
"Les conditions physiques du marché pétrolier se redressent progressivement, avec une reconstitution des flux par le détroit d’Ormuz et une reprise de la demande chinoise", écrit la banque britannique.
Même perspective du côté de Bank of America qui voit un Brent retomber à 95 dollars au second semestre 2026, en moyenne, et à 80 dollars en 2027.
"À notre avis, la poursuite des tensions géopolitiques jusqu'à la fin de l'année constitue désormais le scénario le plus probable (…) Bien que les itinéraires alternatifs et les convois escortés dans le détroit d'Ormuz aient permis de pallier en partie le déficit, les infrastructures endommagées et la montée des tensions géopolitiques rendent peu probable un retour rapide à la normale", estime la banque américaine.
Emmanuel Lechypre face à Jean-Marc Daniel : Carburants et finances publiques, faut-il choisir ? - 22/09
10:23
L'espoir d'une détente autour du détroit d'Ormuz
Un deuxième élément fait baisser les cours: les investisseurs commencent à intégrer la possibilité d'une détente diplomatique.
L'Iran a fait savoir qu'il pourrait accepter une réouverture du détroit d'Ormuz au trafic pétrolier du Golfe en échange notamment d'un assouplissement de la pression américaine. Des discussions diplomatiques sont attendues en marge de l'Assemblée générale des Nations unies à New York.
Rien ne garantit évidemment qu'elles aboutissent. Mais pour les marchés, la simple possibilité d'une amélioration suffit à réduire une partie de la "prime de risque" géopolitique qui avait propulsé le pétrole au-dessus des 100 dollars. En d'autres termes, les investisseurs ne voient pas la situation foncièrement s'améliorer mais ils ne considèrent plus forcément qu'elle va continuer à se détériorer.
Pour une vraie détente des cours, "la voie qui semble toujours la plus prometteuse est la possibilité d’un accord entre pays du Golfe pour une ouverture durable d’Ormuz. Mais, à ce stade, nous conservons l’hypothèse d’un statu quo, avec des prix du pétrole et du gaz qui resteront élevés à court terme", tempère Sébastien Paris Hovitz, directeur de la recherche de LBPAM.
Même les marges baissent... un peu
Mais si le pétrole se dégonfle, le deuxième étage de la flambée résiste encore: il s'agit des marges de raffinage, particulièrement sur le gazole. Ce sont leurs fluctuations qui expliquent une bonne partie de la flambée des prix à la pompe depuis plusieurs mois. Pour donner un ordre de grandeur, la marge physique de raffinage du diesel sur le marché d'Amsterdam-Rotterdam-Anvers tournait encore autour de 45 dollars par baril en moyenne en juin, selon
Platts
. Elle avait déjà grimpé à 72 dollars en juillet puis 81 dollars en août, avant d'atteindre des niveaux records en septembre.
Ces marges ont tout de même commencé à légèrement refluer. En Europe, l'écart entre les contrats à terme sur le gazole à faible teneur en soufre et ceux sur le Brent a atteint un record historique de 91,67 dollars par baril le 16 septembre, selon Reuters. Il était redescendu à 86,66 dollars dès le lendemain, puis à 85,34 dollars le 18 septembre, soit environ 7% sous son record.
Mais contrairement au pétrole brut, elles ont de bonnes raisons de ne pas dégonfler rapidement: le problème n'est plus seulement d'avoir suffisamment de pétrole, mais d'avoir suffisamment de raffineries capables de le transformer en gazole. Les conflits au Moyen-Orient et en Ukraine ont mis hors service une partie des capacités de raffinage, la Russie a interdit ses exportations de diesel et les raffineries encore disponibles tournent déjà à des niveaux très élevés. Dans le même temps, les stocks européens sont particulièrement faibles: à Amsterdam-Rotterdam-Anvers, ils étaient début septembre à leur plus bas niveau pour cette période de l'année. Le pétrole brut peut donc redevenir plus abondant et moins cher sans que le gazole raffiné ne suive immédiatement.
Autrement dit, le pétrole brut coûte désormais sensiblement moins cher, mais transformer ce pétrole en gazole reste extrêmement valorisé par le marché, en raison notamment de la pénurie de diesel. C'est l'une des raisons pour lesquelles la baisse du Brent ne se transmet pas encore dans les mêmes proportions aux prix à la pompe.
Les prix se calment à la pompe mais restent très élevés
Malgré tout, la détente commence très légèrement à se voir à la pompe en France. D'après les prix déclarés par les stations, le litre de gazole tourne ce mardi autour de 2,34 euros en moyenne, tandis que le SP95-E10 se situe autour de 2,12 euros.
Après les pics historiques atteints ce samedi dans les stations en France, la courbe est orientée à la baisse depuis dimanche comme on peut le constater sur le graphique ci-dessous.
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La détente pourrait commencer à devenir plus visible dans les stations dans les prochaines semaines. Il est toutefois impossible de déterminer précisément jusqu'où descendront les prix, tant ils dépendent désormais de l'évolution du conflit et surtout des marges de raffinage. Si le Brent se maintient autour de 95 à 100 dollars et que les marges du gazole poursuivent leur décrue, quelques centimes supplémentaires pourraient progressivement disparaître des panneaux des stations.
À titre d'ordre de grandeur, la seule baisse d'une dizaine de dollars du Brent depuis son pic représente environ 5 à 6 centimes d'euro par litre de pétrole, auxquels s'ajoute désormais le début de détente des marges de raffinage. Selon la BCE, les variations du coût du brut finissent généralement par se transmettre intégralement au prix hors taxes des carburants, avec toutefois un délai pouvant atteindre plusieurs semaines. Si le Brent reste autour de son niveau actuel, cette détente devrait donc progressivement se retrouver à la pompe.
Dans un scénario où ces deux mouvements se poursuivraient, un gazole actuellement autour de 2,34 euros pourrait poursuivre sa décrue mais un retour rapide sous les 2,20 euros paraît plus difficile tant que les marges de raffinage du diesel restent à des niveaux exceptionnellement élevés.
Pour les automobilistes français, le soulagement reste donc pour l'instant très relatif. La vraie question est désormais de savoir si le mouvement observé sur le pétrole va durer. Si l'Arabie saoudite parvient à augmenter rapidement les volumes transitant par son oléoduc Est-Ouest et si les tensions autour du détroit d'Ormuz diminuent, la baisse du brut pourrait progressivement se transmettre aux prix des carburants européens.
Mais le marché reste extrêmement dépendant des nouvelles en provenance du Moyen-Orient. Une nouvelle attaque contre des infrastructures pétrolières ou un échec des discussions diplomatiques pourrait tout aussi rapidement faire repartir les cours. Une incertitude telle que même les grandes banques renoncent désormais à prévoir précisément la suite. Dans une note publiée le 17 septembre, les analystes de JPMorgan reconnaissent ainsi, fait assez rare, ne plus disposer de véritable scénario central sur l'évolution du conflit et donc du marché pétrolier.
"Pour la première fois depuis le début du conflit avec l'Iran, nous n'avons plus de scénario de référence. Nous ne savons tout simplement pas comment modéliser l'issue du conflit", écrivent-ils.
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