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Plusieurs personnalités politiques, notamment parmi les candidats à la présidentielle, appellent à suspendre ou supprimer les certificats d'économies d'énergie (CEE) pour faire baisser les prix des carburants dans les stations-service.
Sans les "CEE", les prix des carburants baisseraient-ils de 15 voire 20 centimes dans les stations-service? Alors que
l'essence et le gazole flambent dans le sillage de la guerre
au Moyen-Orient, des responsables politiques et figures du débat public – parmi lesquels plusieurs candidats à l'élection présidentielle – appellent à suspendre ou supprimer les certificats d'économies d'énergie (CEE) pour calmer les prix à la pompe. En place depuis les années 2000, ce dispositif contraint les fournisseurs d'énergie à financer des actions d'efficacité énergétique, que les distributeurs de carburants répercutent ensuite (en tout ou partie) sur les prix affichés dans leurs stations-service.
• Qui veut suspendre ou supprimer les CEE?
Candidat à la présidentielle sous les couleurs des Républicains, Bruno Retailleau assure qu'une suppression des CEE pourrait faire baisser les prix "de 15 à 17 centimes" par litre, soit "une économie de 8,50 euros par plein d'essence", défendant une mesure qu'il avait déjà évoquée au printemps pour diminuer les factures d'électricité. De l'autre côté de l'échiquier politique, le candidat communiste Fabien Roussel réclame, lui aussi, "tout de suite" la suppression des CEE qui pèsent "15 centimes par litre" selon lui. Sur les carburants ou plus largement l'énergie, cette mesure est aussi défendue par les libéraux David Lisnard et Sarah Knafo, ainsi que le Rassemblement national.
Prix du carburant: où est-il le moins cher en Europe?
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Même constat du côté de Michel-Édouard Leclerc
, qui affirme que "la mesure la plus simple" pour faire baisser les prix serait "de suspendre les 20 centimes qui financent les obligations de ceux qui vendent des carburants", autrement dit les CEE. Le représentant des magasins E.Leclerc, qui exploitent un important réseau de stations-service, juge toutefois qu’une telle suspension ne devrait pas "durer plus de trois mois", ni "remettre en cause le plan de décarbonation de l'économie française".
S'ils ciblent les CEE c'est parce que, contrairement à la TVA ou à l'accise, ce n’est pas une recette fiscale encaissée par l’État: c’est une obligation imposée aux fournisseurs d’énergie, dont le coût est ensuite répercuté sur les consommateurs. Suspendre les CEE pourrait donc faire baisser le prix à la pompe sans creuser directement les recettes budgétaires de l’État, là où une baisse de TVA ou de TICPE coûterait immédiatement plusieurs milliards aux finances publiques. C'est pourquoi Nicolas Goldberg, consultant énergie et environnement chez Columbus Consulting, les décrit comme des "quasi-taxes".
• Comment fonctionne le dispositif des CEE?
Le dispositif des CEE, mis en œuvre depuis 2006, a été étendu aux carburants en 2011. Il repose sur une obligation imposée par l'État aux fournisseurs d'énergie qui doivent financer des actions de réduction de la consommation d'énergie ou d'encouragement au développement de la mobilité électrique. "Tous les quatre ans, l'État vise un volume d'économies d'énergie à réaliser, puis le répartit entre les fournisseurs d'énergie", qui engagent "des efforts financiers" pour atteindre les objectifs fixés, explique Matthieu Glachant, professeur d'économie à Mines Paris – PSL, qui mène des travaux sur ce sujet.
Dans la pratique, les fournisseurs choisissent surtout de "verser des primes" – souvent surnommées primes CEE – aux ménages, collectivités ou entreprises qui réalisent des travaux de rénovation énergétique, comme l'isolation des fenêtres ou l'installation d'une nouvelle chaudière dans le secteur résidentiel. Ils financent aussi le leasing social des voitures électriques et désormais l'électrification de procédés industriels. Le gouvernement indique par exemple que les CEE financent chaque année 50.000 voitures électriques en leasing social; en 2026, ils peuvent atteindre 9.500 euros pour certains utilitaires électriques et plus de 100.000 euros pour certains poids lourds électriques.
En échange, les fournisseurs obtiennent des certificats prouvant les économies d'énergie réalisées – ce sont donc les CEE. Chaque année, un fournisseur doit réunir un certain volume de CEE exprimé en kWh cumac, propre à chacun et calculé selon le type d'énergie vendu, la quantité d'énergie vendue et le coefficient fixé par l'État pour la période concernée. Faute d'y parvenir, il doit payer des pénalités ou acheter des CEE auprès d'un autre fournisseur qui en aurait trop.
Dans les carburants hors GPL, sont aujourd'hui concernées les entreprises qui vendent plus de 500 mètres cubes (500.000 litres) par année civile. Le seuil, fixé à 7.500 mètres cubes jusqu'en 2025, a été abaissé en 2025 et s'est élargi à davantage d'entreprises. Le géant Totalénergies comme les réseaux de stations-service exploités par la grande distribution (E.Leclerc, Intermarché, Coopérative U...) y sont assujetis.
• Pourquoi se répercutent-ils sur le prix des carburants?
L'effet des CEE sur les prix des carburants est "loin d'être négligeable", appuie Matthieu Glachant, qui évoque de manière générale "une augmentation induite du prix de l'énergie en raison d'une obligation réglementaire". Les fournisseurs répercutent le coût lié aux CEE, en tout ou partie, sur le prix de l'énergie, ici donc les carburants.
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Un rapport de la Cour des comptes publié en 2024 estimait que l'impact des CEE sur le prix des carburants s'élevait à 7,3 centimes d'euro TTC par litre sur l'année 2023. Pour sa part, l'Union française des industries pétrolières (Ufip), qui représente 4.200 stations-service hors grandes surfaces en France, avance un coût théorique de 16,57 centimes d'euro TTC au 11 septembre 2026, contre environ 11 centimes en 2025.
• Peut-on supprimer les CEE?
Une directive européenne adoptée en 2012 impose aux États membres des obligations d'économies d'énergie. Or, la France "justifie le respect de cette directive avec les CEE", et s'ils venaient à disparaître, "il faudrait les remplacer", observe Matthieu Glachant, indiquant que d'autres pays européens (dont l'Italie et le Danemark) ont instauré des systèmes similaires. Par ailleurs, un abandon des CEE serait un "choc incroyable pour la politique de rénovation énergétique" en France car cela reviendrait à "lâcher une bonne partie des primes" qui y contribuent, appuie l'économiste, qui souligne que l'enveloppe des CEE représentait 6 milliards d'euros en 2025.
Pour l'heure, la suppression des CEE n'est pas envisagée par le gouvernement, qui défend leur utilité. "J'ai entendu certains candidats à la présidentielle, c'est peut-être la mode, demander la suppression des CEE", mais "vous savez que, derrière chaque CEE, il y a une subvention, notamment pour les plus précaires, qui les aide à s'électrifier" et "il faut évidemment qu'on s'appuie là-dessus", déclarait encore le ministre de l'Économie et des Finances, Roland Lescure, quelques jours auparavant.
Leur suspension ne garantirait toutefois pas une baisse équivalente à la pompe, puisque le coût effectivement supporté et répercuté par chaque distributeur n'est pas directement observable. Rien n'obligerait les distributeurs à répercuter intégralement cette baisse à la pompe, même si la forte concurrence entre stations-service rend probable qu'une large partie de l'économie bénéficie aux automobilistes. De plus une suppression n'aurait pas nécessairement d'effet immédiat, compte tenu du caractère pluriannuel du dispositif et des obligations déjà constituées.
Enfin, pour les entreprises ou ménages ayant dimensionné un investissement futur en comptant sur une prime CEE, le plan de financement pourrait donc être remis en cause; pour les opérations déjà engagées avec une prime contractualisée, il faudrait juridiquement prévoir leur traitement.
L'exécutif, qui oriente de plus en plus le dispositif vers un soutien à l'électrification des usages, avait annoncé en novembre 2025 une hausse de 27% de l'obligation annuelle d'économies d'énergie pour la "sixième période" des CEE allant du 1er janvier 2026 au 31 décembre 2030. L'enveloppe devrait ainsi atteindre plus de 8 milliards d'euros en 2026.
Pour aller plus loin:
CARTE. 45 euros d'économies en faisant son plein en Espagne plutôt qu'en France: qui paie son carburant le moins cher en Europe (et le plus cher)?
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