đ Contenu
"Le marche du High Yield europeen a mieux resiste qu'on ne le pensait"
(Easybourse.com) Mercredi 16 septembre, EasyBourse recevait Marina Cohen, Responsable de la gestion High Yield en Europe chez Amundi, dans le cadre d'un webinaire consacre aux obligations a haut rendement. Dans un environnement de marche particulierement mouvemente, l'echange a permis de decrypter la resilience du High Yield europeen, le role protecteur des spreads de crrdit face a la remontee des taux, le dynamisme des emissions sur le marche primaire et le maintien des taux de defaut a des niveaux maitrises. Marina Cohen est egalement revenue sur les atouts de cette classe d'actifs dans une allocation diversifiee et sur les principales differences entre les marches europeen et americain du High Yield.
Pour commencer, pouvez-vous rappeler ce que sont les obligations High Yield et pourquoi elles offrent des rendements plus élevés ?
Â
« Les obligations High Yield sont des obligations Ă©mises par des entreprises prĂ©sentant un profil de crĂ©dit plus risquĂ© que les Ă©metteurs dits âInvestment Gradeâ. »
Les obligations High Yield sont des obligations Ă©mises par des entreprises prĂ©sentant un profil de crĂ©dit plus risquĂ© que les Ă©metteurs dits âInvestment Gradeâ.
Les agences de notation comme Moodyâs, Standard & Poorâs ou Fitch utilisent une Ă©chelle permettant dâapprĂ©cier la qualitĂ© de crĂ©dit des Ă©metteurs. La catĂ©gorie Investment Grade correspond aux notations allant de AAA Ă BBB. En dessous de BBB, Ă partir de BB, on entre dans lâunivers du High Yield.
Ces obligations offrent gĂ©nĂ©ralement un rendement supĂ©rieur parce quâelles sont Ă©mises par des entreprises plus endettĂ©es ou prĂ©sentant un risque de crĂ©dit plus important. Lâinvestisseur exige donc une prime de crĂ©dit supplĂ©mentaire pour rĂ©munĂ©rer ce risque.
Il ne sâagit toutefois absolument pas dâun marchĂ© confidentiel. Le marchĂ© europĂ©en du High Yield reprĂ©sente plus de 400 milliards et comprend des sociĂ©tĂ©s bien connues du grand public. Câest aujourdâhui un marchĂ© Ă©tabli et relativement profond.
Comment le marchĂ© europĂ©en du High Yield sâest-il comportĂ© depuis le dĂ©but de lâannĂ©e ?
Â
« LâannĂ©e a Ă©tĂ© particuliĂšrement mouvementĂ©e, notamment sur le plan gĂ©opolitique. »
LâannĂ©e a Ă©tĂ© particuliĂšrement mouvementĂ©e, notamment sur le plan gĂ©opolitique. La guerre en Iran a entraĂźnĂ© une forte augmentation du prix du pĂ©trole et créé un choc inflationniste qui, pour lâinstant, sâest principalement manifestĂ© sur lâĂ©nergie, mais qui pourrait progressivement se transmettre Ă dâautres matiĂšres premiĂšres, voire aux prix alimentaires. Cette situation peut Ă©galement peser sur les perspectives de croissance.
Ă cela sâajoute la montĂ©e en puissance de lâintelligence artificielle, qui a eu des rĂ©percussions sur certains segments du marchĂ©, notamment les entreprises du secteur des logiciels, mĂȘme si la contagion au High Yield europĂ©en est restĂ©e relativement limitĂ©e.
MalgrĂ© cet environnement, le High Yield europĂ©en a plutĂŽt bien rĂ©sistĂ©. Depuis le dĂ©but de lâannĂ©e, le marchĂ© affiche une performance positive dâenviron 0,6 %, alors que les obligations dâĂtat et lâInvestment Grade ont enregistrĂ© des performances nĂ©gatives.
Il faut nĂ©anmoins distinguer deux pĂ©riodes. Au premier semestre, le High Yield progressait dâenviron 2 %. Depuis la fin du mois de juin, le marchĂ© a lĂ©gĂšrement reculĂ©, essentiellement en raison de lâaccĂ©lĂ©ration de la hausse des taux dâintĂ©rĂȘt.
Ce qui est intĂ©ressant, câest que les spreads de crĂ©dit nâont que trĂšs lĂ©gĂšrement augmentĂ©. Autrement dit, malgrĂ© la forte remontĂ©e des taux, la prime de risque demandĂ©e par les investisseurs nâa pas connu de dĂ©gradation majeure. Cela tĂ©moigne dâune certaine rĂ©sistance de la classe dâactifs.
Vous Ă©voquez le « spread » comme un Ă©lĂ©ment essentiel du High Yield. De quoi sâagit-il et quel rĂŽle joue-t-il ?
Â
« Lorsquâon analyse une obligation dâentreprise, son rendement peut schĂ©matiquement ĂȘtre dĂ©composĂ© en deux Ă©lĂ©ments : une composante liĂ©e aux taux dâintĂ©rĂȘt et une composante liĂ©e au risque de crĂ©dit. »
Lorsquâon analyse une obligation dâentreprise, son rendement peut schĂ©matiquement ĂȘtre dĂ©composĂ© en deux Ă©lĂ©ments : une composante liĂ©e aux taux dâintĂ©rĂȘt et une composante liĂ©e au risque de crĂ©dit.
Cette seconde composante est ce que lâon appelle le « spread », câest-Ă -dire la prime de rendement offerte Ă lâinvestisseur par rapport Ă une obligation dâĂtat considĂ©rĂ©e comme moins risquĂ©e.
Le High Yield se caractĂ©rise prĂ©cisĂ©ment par une prime de crĂ©dit plus importante que celle de lâInvestment Grade. Elle se situait autour de 285 Ă 290 points de base au moment du webinaire, soit 2.85% Ă 2.90%.
Cette prime de crĂ©dit joue Ă©galement un rĂŽle dâamortisseur. Lorsque les taux augmentent pour de « bonnes raisons », par exemple parce que lâĂ©conomie est dynamique, les spreads peuvent parallĂšlement se resserrer. La diminution de la prime de crĂ©dit peut alors compenser en partie lâimpact nĂ©gatif de la hausse des taux sur le prix des obligations.
Câest ce que nous avons observĂ© pendant une partie de lâannĂ©e : les spreads se sont resserrĂ©s et ont partiellement compensĂ© la remontĂ©e des taux. Lorsque cette derniĂšre sâest accĂ©lĂ©rĂ©e, cet effet compensateur nâa toutefois plus Ă©tĂ© suffisant. La prime de crĂ©dit plus Ă©levĂ©e du High Yield lui permet nĂ©anmoins dâamortir davantage les chocs que certains autres segments obligataires.
MalgrĂ© les incertitudes, le marchĂ© primaire est restĂ© trĂšs dynamique. Comment lâexpliquez-vous et quelles opportunitĂ©s cela crĂ©e-t-il ?
Â
« Le marchĂ© primaire, câest-Ă -dire le marchĂ© sur lequel les entreprises Ă©mettent de nouvelles obligations afin de lever des capitaux auprĂšs des investisseurs, est restĂ© extrĂȘmement dynamique. »
Le marchĂ© primaire, câest-Ă -dire le marchĂ© sur lequel les entreprises Ă©mettent de nouvelles obligations afin de lever des capitaux auprĂšs des investisseurs, est restĂ© extrĂȘmement dynamique.
Environ 90 milliards dâeuros dâobligations avaient dĂ©jĂ Ă©tĂ© Ă©mis depuis le dĂ©but de lâannĂ©e au moment du webinaire, dont plus de 6 milliards depuis le dĂ©but du mois de septembre. Nous estimons que les Ă©missions pourraient atteindre environ 150 milliards dâeuros sur lâensemble de lâannĂ©e, soit le niveau le plus Ă©levĂ© depuis 2021.
Il faut toutefois bien distinguer les Ă©missions brutes des Ă©missions nettes. Une grande partie des nouvelles obligations sert Ă refinancer des dettes existantes. Lorsquâune entreprise Ă©met, par exemple, 500 millions dâeuros de nouvelles obligations pour rembourser 500 millions dâeuros arrivant Ă Ă©chĂ©ance, elle rĂ©alise bien 500 millions dâeuros dâĂ©missions brutes, mais lâĂ©mission nette est nulle.
Or les Ă©missions nettes sont aujourdâhui beaucoup plus faibles, autour de 25 milliards dâeuros. Cela signifie que le volume important observĂ© sur le marchĂ© primaire ne traduit pas une accumulation Ă©quivalente de dette nouvelle et limite le risque de saturation du marchĂ©.
Ces refinancements sont Ă©galement positifs du point de vue du risque de crĂ©dit : ils permettent aux entreprises dâallonger la maturitĂ© de leur dette, repoussant ainsi leurs Ă©chĂ©ances de remboursement. Le risque de dĂ©faut du marchĂ© High Yield tend Ă augmenter quand les Ă©chĂ©ances de remboursement Ă court terme sont Ă©levĂ©es. Un marchĂ© primaire largement ouvert, en permettant de repousser « le mur de maturitĂ© » (soit le volume de dettes Ă refinancer Ă court terme), contribue donc Ă rĂ©duire ce risque.
Par ailleurs, les taux de défaut anticipés restent relativement faibles. Selon les estimations évoquées pendant le webinaire, ils seraient inférieurs à 2 % sur les douze prochains mois, alors que leur moyenne historique se situe plutÎt au-dessus de 3.5%.
Cela sâexplique notamment par la qualitĂ© relativement Ă©levĂ©e du marchĂ© europĂ©en et par les importantes opĂ©rations de refinancement rĂ©alisĂ©es par les entreprises. En repoussant leurs Ă©chĂ©ances de dette, celles-ci ont rĂ©duit Ă court terme une partie de leur risque de refinancement.
Quelle place le High Yield peut-il occuper dans un portefeuille diversifié ?
Â
« Le High Yield constitue avant tout une source de diversification au sein dâun portefeuille comprenant, par exemple, des actions, des obligations dâĂtat et dâautres catĂ©gories dâobligations. »
Le High Yield constitue avant tout une source de diversification au sein dâun portefeuille comprenant, par exemple, des actions, des obligations dâĂtat et dâautres catĂ©gories dâobligations.
Une exposition de lâordre de 10 % Ă 15 % a Ă©tĂ© Ă©voquĂ©e dans le cadre dâun portefeuille diversifiĂ©, mĂȘme si cette proportion dĂ©pend naturellement du profil de risque, de lâhorizon de placement et des objectifs de chaque investisseur.
Le High Yield conserve un comportement assez spĂ©cifique. Sa duration relativement faible le rend moins sensible Ă certaines variations des taux, tandis que sa prime de crĂ©dit constitue un amortisseur supplĂ©mentaire. Câest notamment ce qui lui a permis de mieux rĂ©sister dans certaines phases de remontĂ©e des taux.
Il ne sâagit cependant pas dâune classe dâactifs destinĂ©e Ă constituer Ă elle seule lâessentiel dâun portefeuille : son rĂŽle est avant tout celui dâun outil de diversification, avec un niveau de risque supĂ©rieur Ă celui des obligations Investment Grade.
Concernant les frais, ils dĂ©pendent de la part choisie. Pour les parts destinĂ©es aux particuliers Ă©voquĂ©es lors du webinaire, lâordre de grandeur indiquĂ© Ă©tait dâenviron 1 %. Il convient naturellement de consulter la documentation rĂ©glementaire du fonds concernĂ© pour connaĂźtre prĂ©cisĂ©ment les frais applicables.
Enfin, comment comparez-vous actuellement le High Yield européen au marché américain ?
Â
« En termes de spread, lâĂ©cart est relativement faible. »
En termes de spread, lâĂ©cart est relativement faible. Le marchĂ© europĂ©en se situait autour de 285 points de base contre environ 275 points de base aux Ătats-Unis au moment du webinaire.
La diffĂ©rence est intĂ©ressante car le marchĂ© europĂ©en prĂ©sente parallĂšlement une qualitĂ© de crĂ©dit globalement supĂ©rieure. Environ deux tiers de lâunivers europĂ©en est constituĂ© dâĂ©metteurs notĂ©s BB, contre un peu plus de la moitiĂ© du marchĂ© amĂ©ricain.
Autrement dit, lâinvestisseur bĂ©nĂ©ficie actuellement en Europe dâune prime de crĂ©dit lĂ©gĂšrement supĂ©rieure alors mĂȘme que la qualitĂ© moyenne du marchĂ© est meilleure.
Le marchĂ© europĂ©en bĂ©nĂ©ficie Ă©galement dâune diversification gĂ©ographique importante. Lorsquâon parle de High Yield europĂ©en, on ne parle pas dâun seul pays mais de nombreux Ă©metteurs issus de diffĂ©rents pays de la zone euro. Des entreprises amĂ©ricaines ou provenant, par exemple, dâAmĂ©rique latine peuvent Ă©galement entrer dans cet univers lorsquâelles choisissent dâĂ©mettre leurs obligations en euros.
Ă lâinverse, le marchĂ© amĂ©ricain est davantage concentrĂ© sur des entreprises amĂ©ricaines.
Enfin, pour un investisseur europĂ©en souhaitant investir sur le marchĂ© amĂ©ricain, il faut prendre en compte le risque de change. Sâil choisit de couvrir son exposition au dollar, le coĂ»t de cette couverture peut rĂ©duire lâĂ©cart de rendement entre les deux marchĂ©s.
Dans les conditions évoquées lors du webinaire, nous considérons donc que le High Yield européen présente des caractéristiques intéressantes pour un investisseur européen, à la fois en matiÚre de qualité de crédit, de diversification et de rendement.
Citations extraites du webinaire suivant :
Obligations à haut rendement : quelles opportunités sur le marché européen ? | EasyBourse
Ă lire aussi
Marina Cohen (Amundi) : « High Yield europĂ©en, la rĂ©silience Ă lâĂ©preuve des marchĂ©s »
Marina Cohen (Amundi) : « Obligations à haut rendement en 2026, un rendement attractif avec un risque maßtrisé »
Marina Cohen (Amundi) : « Cap sur la performance, découvrez le potentiel des fonds obligataires à échéance »
Les fonds associés
Amundi Buy & Watch High Yield 2029 P C
Amundi Funds Euro High Yield Short Term Bond EUR C
Amundi Funds Euro High Yield Bond EUR C
Â
AVERTISSEMENT
Cet article ne doit en aucun cas sâapparenter Ă une
recommandation
dâacheter, de vendre ou de continuer Ă dĂ©tenir un investissement. Il nâa aucune valeur contractuelle et ne constitue en aucun cas un
conseil en investissement
.
La sociĂ©tĂ© EasyBourse ne saurait ĂȘtre tenue responsable dâune dĂ©cision dâinvestissement ou de dĂ©sinvestissement sur la base de cet article. Le placement en Bourse est soumis aux fluctuations et aux alĂ©as des marchĂ©s financiers. Il comporte un risque de perte en capital.
Les performances passées ne préjugent pas des performances à venir. Elles ne sont pas constantes dans le temps et ne constituent en rien une garantie de performances à venir.
Imen Hazgui
Publié le 21 Septembre 2026