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Alors que les Allemands retournent aux urnes ce dimanche pour deux élections régionales, à Berlin et dans le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale - une semaine après le succès de l'AfD en Saxe-Anhalt - la question énergétique ressurgit de plein fouet. Avec, en toile de fond, les liens que souhaite rétablir l'AfD avec Moscou.
Une semaine après la victoire de l’AfD en Saxe-Anhalt, l’Allemagne a de nouveau les yeux rivés sur les urnes. Ce dimanche, les électeurs de Berlin et du Mecklembourg-Poméranie-Occidentale votent lors de deux scrutins régionaux à haut risque pour le chancelier Friedrich Merz, sur fond de nouvelle flambée des prix de l’énergie.
D'ailleurs, à deux jours de ces élections régionales cruciales pour Friedrich Merz, le gouvernement allemand a dégainé une baisse spectaculaire de 17 centimes par litre sur les carburants.
Au total, avec cette mesure, "les consommateurs et les entreprises allemandes verront leur facture carburant s'alléger d'environ 2,5 milliards d'euros", a estimé le gouvernement allemand vendredi.
Les 16 États régionaux contribuent pour moitié à cet allègement, à hauteur de 1,25 milliard d'euros, selon un communiqué du gouvernement fédéral.
Mais derrière la flambée des prix à la pompe se joue une bataille peut être plus fondamentale pour l'Allemagne et son industrie: faut-il renouer avec le gaz russe. Avant 2022, le pays avait bâti une partie de la compétitivité de son industrie sur l'accès à un gaz russe abondant et bon marché. Quatre ans après la rupture avec Moscou, l'envolée des prix de l'énergie remet ce choix au cœur du débat politique.
Alors que les stocks allemands sont au plus bas depuis 15 ans et que les prix de gros du gaz ont bondi de 150% en Europe depuis le début de la guerre avec l'Iran, le parti d'extrême doite AfD milite ouvertement pour le retour des approvisionnements russes. Et il ne se contente plus de le réclamer: ses dirigeants préparent déjà avec Moscou des discussions sur leur reprise.
En avril dernier, le parti a demandé au Bundestag de permettre la mise en service de Nord Stream 2, le gazoduc reliant la Russie à l'Allemagne dont la procédure de certification avait été suspendue par Berlin en février 2022, juste avant l'invasion de l'Ukraine. Nord Stream 1, lourdement endommagé lors des sabotages de septembre 2022, est, lui, toujours à l'arrêt.
Les cadres de l’AfD sont d'ailleurs très actifs. L’un d’eux a rencontré, au mois de juin, Alexeï Miller, PDG de Gazprom,
au siège du groupe russe à Saint-Pétersbourg
. Le patron de Gazprom lui aurait expliqué que techniquement, les livraisons vers l’Allemagne pourraient reprendre en seulement trois mois en cas d'accord avec l'Allemagne.
D'après Reuters
, le principal envoyé économique du président russe et la direction de l'AfD ont entamé les préparatifs d'une rencontre en début d'année prochaine pour discuter de la reprise des livraisons de gaz. Selon une source, Kirill Dmitriev, proche conseiller de Poutine et directeur du fonds souverain russe, ainsi que les co-dirigeants de l'AfD,
Alice Weidel
et Tino Chrupalla, participeraient à la réunion. Seule condition: la réunion n'aurait lieu que si un accord-cadre de paix était préalablement conclu entre la Russie et l'Ukraine.
Plus de la moitié du gaz allemand provenait de Russie
Avant les sanctions imposées suite à l'invasion de l'Ukraine en 2022, la Russie fournissait plus d'un tiers des importations de pétrole brut de l'Allemagne et plus de la moitié de son gaz naturel. Le sujet fait l'objet de vifs débats. Le prix de l'énergie est aujourd'hui au coeur des préocupations des secteurs de la chimie, de la métallurgie et de toutes les ETI allemandes, qui sont l'épine dorsale du pays. Et l'Allemagne paie toujours le prix de sa rupture énergétique avec la Russie.
Mais toute tentative de relancer les approvisionnements en gaz russe ou le projet Nord Stream susciterait une vive résistance. "L’Allemagne ne peut pas redevenir dépendante de la Russie", a déclaré,
d'après Reuters
, Michael Kellner, député écologiste qui était en charge de la politique énergétique allemande au sein du gouvernement en 2022.
"Nous ne pouvons pas répéter les erreurs de la crise énergétique", a-t-il déclaré. "Elle nous a coûté 50 milliards d'euros. Nous ne pouvons pas vouloir y retourner. Ce serait de la trahison. Poutine instrumentalise l'AfD à ses propres fins".
Roderich Kiesewetter, député du parti démocrate-chrétien (CDU) du chancelier Friedrich Merz, a également souligné que "la Russie utilise l’énergie, notamment Nord Stream, comme une arme hybride à des fins militaires", rapporte Reuters. "L’AfD est du côté de la Russie, prête à trahir à la fois l’Ukraine et l’Allemagne", a-t-il déclaré. "La réouverture de Nord Stream serait un désastre pour la sécurité européenne et isolerait l’Allemagne", a-t-il poursuivi.
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