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Face à la hausse spectaculaire du gazole marin, le gouvernement a renforcé ses aides d'urgence pour calmer la colère des pêcheurs français. Mais les faiblesses structurelles qui menacent la survie de la filière persistent.
La nouvelle hausse du prix du gazole marin, qui depuis le début de la guerre au Moyen-Orient est passé de 70 centimes à 1,20 euro le litre, a encore une fois été la goutte qui a fait déborder le vase. Cette semaine, les pêcheurs français se sont mobilisés, notamment en Méditerranée.
Le gouvernement, inquiet d’un embrasement, a fini par relever l’aide au carburant octroyée depuis avril, de 25 à 35 centimes
. Il a aussi promis que les aides "suivr(aient) la variation des cours" et évoqué des "prêt à taux zéro" pour ceux "qui ont des problématiques de trésorerie". Des gestes qui ont temporairement permis de calmer la colère, mais qui n’effacent pas l’inquiétude d’une filière profondément fragilisée par des faiblesses structurelles.
Trois quarts du poisson importés
"Toute hausse des prix du carburant,
qui représente 40% de nos charges
, réduit directement la rentabilité du navire", résume Jérôme Jourdain, secrétaire général adjoint de l’Union des armateurs à la pêche de France (UAFP). Cela est dû à une première impasse: l’impossibilité pour les pêcheurs, qui représentent le premier maillon de la filière, de répercuter la hausse de leurs coûts d’exploitation sur le client final, en raison de la structure même du marché.
“Lors du système particulier des criées, les prix dépendent essentiellement des volumes disponibles”, analyse Jérôme Jourdain.
Or, le marché français est inondé de poisson venant de pays où les coûts de production, et donc les prix de vente, sont inférieurs: "Des 30 kilos de poisson consommés en moyenne chaque année par un Français, 75% sont importés, explique l’armateur, qui résume: "Nous ne vendons pas notre poisson, on nous l’achète".
La crainte de perdre les marins
Résultat: dès que le prix du gasoil marin dépasse 70 centimes par litre, sortir en mer coûte plus que cela ne rapporte. Économiquement, les navires auraient donc intérêt à s’arrêter, si d’autres faiblesses ne venaient pas compliquer la donne.
"Si le navire ne part pas en mer, les marins ne sont plus payés. Ils risquent alors d’aller travailler chez les concurrents. Mais tant que les effectifs ne sont pas complets, le navire ne peut ensuite plus sortir", détaille Jérôme Jourdain.
Dans un contexte où la main-d’œuvre (qui représente 35% des coûts d’exploitation) est de plus en plus rare et vieillissante (l’âge moyen des marins est de 42 ans), certains bateaux préfèrent continuer de naviguer à perte pour la garder. Mais ils entament ainsi leur trésorerie - alors que même
les aides promises par le gouvernement pour avril
ne leur ont toujours pas été intégralement versées.
Des règles anciennes
Autre difficulté: la réglementation. "De nombreuses règles de la politique commune de la pêche de l’UE, comme celles qui limitent la taille des navires, ont été conçues afin de limiter la capacité à pêcher. Mais depuis l’instauration des quotas, elles ne sont plus pertinentes", affirme Jérôme Jourdain. "C’est le cas aussi de l’interdiction aux États membres d’aider au renouvellement des navires, dont l’âge moyen en France et de 32 ans", ajoute-t-il.
"Et aux surtranspositions par l’UE des règles internationales s’ajoutent celles du droit européen par la France", déplore l’armateur.
Combinées avec les accords de libre-échange qui ouvrent de plus en plus le marché de l’UE aux pays tiers, ces règles sapent la compétitivité de la pêche française, estiment les acteurs du secteur qui, en plus du soutien financier, demandent donc une simplification. "On a besoin d’air", plaide l’UAFP.
La filière demande en plus d’être accompagnée par les pouvoirs publics pour rendre davantage attractif le métier de marin, aujourd’hui boudé malgré des salaires de début de carrière dépassant les 3.000 euros mensuels et un fort ascenseur social. Elle plaide aussi pour que la restauration publique achète davantage de poissons locaux. “L’enjeu est d’éviter que
la production française
descende même en dessous du quart de la consommation actuelle”
,
met en garde Jérôme Jourdain.
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