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"Plus rien n’est invraisemblable": en France, en Allemagne, aux Pays-Bas (mais pas en Espagne), le gazole à 3 euros n'est plus exclu, mais il faudrait un choc d'une rare violence

📅 15/09/2026 à 00:00 🔗 www.bfmtv.com
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Alors que le gazole dépasse désormais 2,30 euros le litre en moyenne en France et 2,40 euros en Allemagne, plusieurs représentants du secteur pétrolier commencent à évoquer le seuil symbolique des 3 euros. Un tel prix alourdirait de près de 500 euros par an le budget d’un automobiliste français roulant 12.000 kilomètres avec une voiture diesel. Jusqu’où les prix des carburants peuvent-ils grimper ? En France, le litre de SP95-E10, l’essence la plus consommée, s’est vendu en moyenne 2,133 euros la semaine dernière , tandis que le gazole a atteint 2,312 euros. Des niveaux records depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, qui commencent à peser très concrètement sur les déplacements des Français. Sur RMC ce lundi, Philippe Casbas, président de l’Union française des industries pétrolières (Ufip), a indiqué que la France vient d’enregistrer pour la première fois cinq mois consécutifs de baisse de sa consommation de carburants, d’avril à août. Sur l’ensemble de l’année 2026, les volumes vendus reculent de 5% à 6%. La baisse a même atteint 6,6% en août sur un an, dont 9,2% pour le gazole. "Ce n’est en soi pas consternant car ce sont les objectifs de la transition écologique, sauf que c’est subi, a-t-il expliqué. Pour la première fois, on voit une demande qui réagit au prix." Les 3 euros "irréalistes" dans les prochaines semaines Interrogé sur la possibilité de voir le litre de carburant atteindre 3 euros en France, le président de l’Ufip écarte cette hypothèse à très court terme. Un tel prix est selon lui "irréaliste" dans les prochaines semaines. Mais si le conflit au Moyen-Orient devait s’éterniser, "plus rien n’est invraisemblable", concède-t-il. Ce contenu ne peut pas être affiché Ce contenu ne peut pas être affiché sans votre consentement car il implique l’utilisation de cookies déposés par son fournisseur. 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Des prix proches de 3 euros ont cependant déjà été observés ponctuellement dans certaines petites stations indépendantes ou sur autoroute. En mars, une station des Deux-Sèvres avait ainsi affiché son gazole à 2,97 euros le litre, alors que la moyenne nationale se situait très en dessous. Ces cas extrêmes s’expliquent notamment par des volumes d’achat réduits et des coûts d’approvisionnement plus élevés. La perspective d’un carburant à 3 euros ne concerne pas seulement la France. En Allemagne, le prix moyen du SP95-E10 a atteint dimanche 2,273 euros le litre, selon l’ADAC. Le gazole s’établissait à 2,404 euros, à seulement 4,3 centimes de son record historique d’avril. En l’espace de deux semaines, l’essence a gagné 12 centimes et le gazole 20 centimes . Herbert Rabl, représentant du Groupement allemand des stations-service TIV, estime désormais dans les colonnes du Handelsblatt que les automobilistes devront "se faire à l’idée que le prix du carburant avoisinera les trois euros". Selon lui, ce niveau est même déjà atteint dans certaines stations d’autoroute. L’économiste Claudia Kemfert, directrice du département Énergie, Transports et Environnement de l’institut DIW Berlin, estime qu’un diesel proche de 3 euros et une essence autour de 2,50 euros provoqueraient "un choc considérable pour le pouvoir d’achat". Les ménages modestes, les habitants des zones rurales et les salariés contraints d’utiliser quotidiennement leur voiture seraient les plus exposés. Les Pays-Bas et l’Italie également sous pression Parmi les autres pays européens, les Pays-Bas sont probablement les plus proches de ce seuil. Début septembre, le prix conseillé de l’Euro 95 avait atteint 2,666 euros le litre, tandis que le gazole s’élevait à 2,633 euros. De l’essence premium était même affichée à 3 euros dans une station située sur l’autoroute A6. La menace paraît en revanche beaucoup plus éloignée en Espagne, où le litre de SP-95 coûtait en moyenne 1,864 euro le 12 septembre, contre 1,840 euro pour le gazole, selon les données communiquées par près de 11.500 stations-service au ministère espagnol de la Transition écologique . Cette différence avec la France ou l’Allemagne s’explique essentiellement par le "bouclier fiscal" instauré par Madrid face à la crise énergétique : le gouvernement a temporairement abaissé la TVA sur les carburants de 21% à 10% et réduit la taxe sur les hydrocarbures. Au total, ces mesures diminuent théoriquement le prix d’environ 29 centimes par litre pour l’essence 95 et 23 centimes pour le gazole. Elles doivent rester en vigueur au moins jusqu’au 30 septembre. Pour les automobilistes français, le passage du gazole de 2,312 à 3 euros aurait des conséquences immédiates. Un plein de 50 litres coûterait 150 euros, contre 115,60 euros actuellement, soit 34,40 euros supplémentaires à chaque passage à la pompe. Pour une voiture consommant 6 litres aux 100 kilomètres et parcourant 12.000 kilomètres par an, la dépense annuelle de gazole passerait d’environ 1.665 euros à 2.160 euros. Le surcoût atteindrait donc 495 euros par an, ou un peu plus de 41 euros par mois. L’addition serait encore plus lourde pour un salarié effectuant de longs trajets domicile-travail. À raison de 20.000 kilomètres par an et d’une consommation de 6 litres aux 100 kilomètres, la facture progresserait d’environ 826 euros par an, soit près de 69 euros supplémentaires par mois. Il faudrait un baril... à 220 dollars Mais un gazole à 3 euros en France, est-ce que ce serait possible ? Oui, mais il faudrait un choc pétrolier encore bien plus violent. Avec un litre actuellement vendu 2,312 euros en moyenne, atteindre 3 euros représenterait une hausse de près de 69 centimes. Une fois retirées la TVA de 20% et l’accise de 60,75 centimes, qui resterait fixe, le coût du gazole hors taxes devrait augmenter d’environ 57 centimes par litre, soit l’équivalent de 91 euros par baril de produit raffiné (un baril faisant 159 litres). À marges de raffinage et taux de change inchangés, cela correspondrait à un Brent autour de 210 à 220 dollars le baril, soit presque deux fois son niveau actuel de 107 dollars ce lundi 14 septembre. Le seuil des 3 euros pourrait toutefois être atteint avec un pétrole moins cher si une pénurie de gazole faisait encore exploser les marges des raffineries. Car la hausse ne s’explique pas uniquement par celle du pétrole brut, dont le cours a dépassé 107 dollars le baril. Le gazole est également confronté à une pénurie spécifique de produits raffinés. La Russie, deuxième exportateur mondial de diesel derrière les États-Unis, a prolongé son interdiction d’exporter jusqu’à la fin septembre. Les capacités disponibles des raffineries sont limitées et les approvisionnements du Moyen-Orient sont perturbés par la guerre contre l’Iran et les difficultés de navigation dans le détroit d’Ormuz. À cela s’ajoutent les tensions autour du détroit de Bab el-Mandeb et l’arrêt de l’oléoduc saoudien est-ouest, principale voie permettant de contourner Ormuz. L’Europe, structurellement dépendante des importations de gazole, est donc particulièrement vulnérable à cette accumulation de chocs. Une hausse durable des carburants ne toucherait pas seulement les particuliers. Elle renchérirait également les coûts des transporteurs, des agriculteurs et des entreprises, avec le risque d’une répercussion sur les prix des produits alimentaires et des biens de consommation. La flambée à la pompe pourrait ainsi alimenter à nouveau l’inflation tout en freinant la consommation et la croissance. Sujets liés : Energie