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Depuis son dernier plus bas historique en mai 2019, le café a vu son cours tripler, en enchaînant des périodes de hausse parabolique suivies de consolidations brutales. Cette évolution s'est accompagnée de points hauts et de points bas de plus en plus élevés. Plusieurs facteurs structurels expliquent cette tendance haussière de fond qui s'est progressivement installée.
Le phénomène El Niño, potentiellement plus puissant que les précédents, pourrait rebattre les cartes au niveau de l'offre mondiale de café. Son retour au premier plan attendu durant la seconde partie de l'année 2026 laisse augurer des températures plus élevées et des conditions climatiques extrêmes — fortes précipitations, tempêtes ou ouragans — susceptibles de mettre les rendements agricoles à rude épreuve. Ce scénario, redouté par les marchés, pourrait constituer une pression inflationniste supplémentaire. Les investisseurs tenteront alors de distinguer les entreprises capables de tirer leur épingle du jeu dans ce contexte volatil de celles qui pourraient en souffrir.
Le marché du café offre ainsi une contradiction intéressante, alors que les investisseurs manquent parfois de repères sur cette matière première agricole pourtant connue du grand public. D'un côté, la production mondiale reste soutenue. Pourtant, cette abondance ne suffit plus à ancrer durablement les prix à la baisse. L'évolution du cours du café au cours des dernières années délivre un autre message : celui d'une matière première agricole qui reste sous tension.
La production mondiale à l'épreuve de la météo
La production mondiale augmente significativement depuis 2010. L'USDA, le département américain de l'Agriculture, prévoit une récolte proche de
190 millions de sacs pour la saison 2026/2027
. De l'autre côté, la demande demeure dynamique, notamment portée par les consommateurs chinois qui se tournent de plus en plus vers les boissons caféinées. Le développement à grande échelle des chaînes de cafés domestiques, à l'image de Luckin Coffee ou Cotti Coffee, illustre cette montée en puissance de la consommation.
Ces perspectives favorables pourraient toutefois être contrariées par El Niño, qui inquiète les principaux pays producteurs, notamment le Brésil, l'Indonésie ou encore le Pérou. Ce phénomène climatique naturel lié à l'océan Pacifique peut entraîner des perturbations météorologiques importantes dans de nombreuses régions du globe. Le marché des matières premières agricoles reste ainsi particulièrement sensible à l'évolution des conditions climatiques.
El Niño pourrait donc affecter une large partie de la chaîne de valeur agroalimentaire. Une diminution sensible des rendements agricoles exercerait une pression supplémentaire sur les prix des produits alimentaires. Les infrastructures énergétiques et logistiques pourraient également être perturbées dans certaines régions. Des difficultés d'approvisionnement combinées à une demande toujours soutenue alimenteraient alors les tensions inflationnistes et pourraient peser sur l'activité économique.
Entre opportunités et fragilités
Si ce scénario climatique se concrétise, tous les secteurs et toutes les entreprises ne seront pas logés à la même enseigne. Le spécialiste de la distribution de café
Miko NV
subit directement la hausse du prix du café. L'augmentation du coût des autres matières premières et des intrants peut également fragiliser ses marges et sa rentabilité. Le constat vaut aussi pour
Westrock Coffee
, présent sur une grande partie de la chaîne de valeur à travers la logistique, la torréfaction, l'emballage et la distribution. Pour ces entreprises, la hausse des matières premières vient donc s'ajouter à un environnement inflationniste déjà exigeant.
À l'inverse, la chaîne américaine
Starbucks
dispose de plusieurs leviers pour absorber ces pressions, notamment grâce à l'évolution de son offre, à la gestion de sa structure de coûts et à son adaptation au marché chinois. On peut également citer
Nestlé
, l'un des leaders mondiaux de l'agroalimentaire, dont la marque Nespresso lui confère une forte présence sur le marché du café et qui a historiquement démontré sa capacité à gérer la volatilité des matières premières agricoles. Enfin,
Coca-Cola Company
est également présente sur ce marché à travers Costa Coffee.
Pour l'investisseur souhaitant exposer directement ou indirectement son portefeuille aux matières premières agricoles, la question éthique mérite également d'être posée : est-il responsable de chercher à profiter de la hausse des prix dans un contexte de tensions alimentaires ? Le marché, lui, ne porte pas de jugement moral et intègre simplement les fondamentaux, les anticipations et les différents risques. L'investisseur doit donc rechercher les opportunités susceptibles de faire fructifier son capital tout en mesurant précisément les risques associés.
Le marché du café évolue ainsi entre enjeux climatiques et risques géopolitiques touchant certains pays producteurs, autant de facteurs susceptibles de provoquer des tensions sur l'équilibre entre offre et demande. Dans cet environnement volatil, l'enjeu pour les investisseurs consiste surtout à séparer le bon grain de l'ivraie : quelles entreprises disposent du pouvoir de fixation des prix nécessaire pour répercuter la hausse de leurs coûts et préserver leurs marges ? Car une nouvelle flambée durable du café pourrait aussi finir par peser sur les habitudes de consommation.