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Détenu à 100% par l’État depuis 2023, EDF s’apprête pourtant à lever au moins 500 millions d’euros auprès d’investisseurs privés. Cette coûteuse émission d’obligations vertes doit financer la prolongation des réacteurs nucléaires français tout en préservant les ratios financiers de l’électricien.
EDF retourne sur les marchés
pour financer son parc nucléaire
. L’électricien français a annoncé mardi 8 septembre dans un
communiqué
son intention de lancer une nouvelle émission d’"obligations perpétuelles super-subordonnées vertes" libellées en euros. Ces titres doivent être cotés sur le marché réglementé d’Euronext Paris.
Selon les informations de
Bloomberg
, EDF cherche à lever au moins 500 millions d’euros, avec un rendement initial proposé aux investisseurs d’environ 5,75%. Le prix définitif et le taux de l’opération doivent être fixés dans la journée en fonction de la demande. À titre indicatif, une émission de 500 millions d’euros assortie d’une rémunération de 5,75% représenterait près de 29 millions d’euros d’intérêts par an. Le coût définitif dépendra toutefois du montant levé, du coupon retenu et des conditions détaillées de l’émission.
Une dette sans échéance, mais remboursable à partir de 2031
Ces obligations sont dites "perpétuelles" car elles ne comportent aucune date de remboursement définitive. EDF disposera néanmoins d’une première possibilité de les rembourser par anticipation en 2031. Il s’agit d’une option laissée à l’entreprise et non d’une échéance contractuelle classique.
Un montant équivalent au produit net de l’émission sera consacré au financement ou au refinancement des investissements nécessaires à l’extension de la durée de vie des réacteurs nucléaires existants en France, précise
EDF dans son communiqué
.
Cela comprend notamment les opérations de maintenance lourde, le remplacement de gros équipements et les travaux de sûreté destinés à permettre aux réacteurs de fonctionner au-delà de leur durée initialement envisagée. Ces dépenses s’inscrivent notamment dans le programme de "grand carénage" du parc nucléaire français.
Mais selon la formulation employée par EDF, l’argent levé ne sera pas nécessairement versé directement sur le compte de chantiers précisément identifiés. Ces investissements sont présentés comme conformes au cadre de financement vert d’EDF et alignés
avec la taxonomie européenne depuis 2022
. Depuis l’intégration, sous certaines conditions, du nucléaire dans la classification européenne des activités durables, EDF peut utiliser l’appellation "obligation verte" pour financer la prolongation de ses centrales.
Cette opération intervient après un été au cours duquel EDF a dû réduire ponctuellement la production de plusieurs réacteurs. Les fortes chaleurs ont notamment affecté des centrales utilisant l’eau des rivières pour leur refroidissement : lorsque l’eau devient trop chaude ou que son débit est insuffisant, EDF doit limiter certains rejets thermiques afin de respecter les normes environnementales.
Un banc de méduses a également perturbé la production d’une centrale du nord de la France. Aspirés avec l’eau de mer utilisée pour le refroidissement, ces animaux peuvent obstruer les dispositifs de filtration.
EDF pourtant nationalisée
Les fonds annoncés mardi ne sont toutefois pas spécifiquement destinés
à lutter contre les canicules ou les méduses
. Ils doivent plus largement financer la maintenance, la sûreté et la prolongation de l’ensemble du parc existant.
L’électricien avait déjà levé 1,25 milliard d’euros en septembre 2025 grâce à une obligation hybride verte consacrée à la prolongation des réacteurs français. Cette émission, qui avait attiré 4,3 milliards d’euros de demandes, proposait alors un rendement de 4,5%, rappelle Bloomberg.
Ces opérations peuvent sembler paradoxales. Depuis juin 2023, l’État détient en effet
100% du capital d’EDF
, après le rachat des actions encore détenues par les salariés, les investisseurs institutionnels et les particuliers. L’entreprise a ensuite été retirée de la cote.
Cette renationalisation, annoncée en juillet 2022, devait permettre à l’État de reprendre entièrement le contrôle de la stratégie de l’électricien, au moment où celui-ci devait simultanément prolonger son parc existant, achever l’EPR de Flamanville et préparer la construction de nouveaux réacteurs.
Mais nationaliser EDF ne revenait pas à transférer automatiquement toutes ses dépenses et toutes ses dettes au budget de l’État. L’entreprise est restée une société anonyme disposant de ses propres comptes. Elle continue de financer ses investissements grâce à son activité, à ses flux de trésorerie, aux emprunts bancaires et aux marchés obligataires.
L’État peut toujours recapitaliser EDF, lui accorder une avance ou garantir certains emprunts. Il l’avait notamment soutenu en participant à hauteur de plus de 2,6 milliards d’euros à une augmentation de capital de 3,15 milliards d'euros en 2022. Mais une nouvelle injection de fonds publics mobiliserait directement les finances de l’État et ferait porter plus explicitement le risque au contribuable.
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