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De 7 à 13 euros le paquet en 10 ans mais moins d'argent pour l'Etat: pourquoi la hausse des taxes sur le tabac rapporte de moins en moins de recettes fiscales

📅 08/09/2026 à 00:00 🔗 www.bfmtv.com
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Alors que les buralistes réclament un gel de la fiscalité, le prix du paquet de cigarettes a bondi de plus de 80% depuis 2017. Une politique qui contribue au recul du tabagisme, mais aussi à l'effondrement des ventes dans le réseau français. Au point que, malgré des taxes toujours plus élevées, les recettes fiscales du tabac diminuent. Les buralistes prévoient des rassemblements toute la semaine dans six villes de France pour réclamer le gel de la fiscalité du tabac à l'approche des débats budgétaires, avec en ligne de mire l'augmentation du prix des cigarettes au 1er janvier. "Du 7 au 11 septembre, les 22.500 buralistes se mobilisent dans six villes de France pour dénoncer un ras-le-bol fiscal qui menace leur modèle économique", écrit dans un communiqué lundi la Confédération des buralistes, organisme qui fédère la profession. Ils réclament le gel de la fiscalité du tabac et la fin de l'indexation automatique du prix des cigarettes sur l'inflation, instaurée par le projet de loi de finances de la sécurité sociale 2023. Car jamais les cigarettes n'ont coûté aussi cher en France. Et pourtant, jamais depuis plusieurs années elles n'ont aussi peu rapporté à l'État. Alors que les buralistes se mobilisent cette semaine contre de nouvelles hausses de la fiscalité du tabac et que Marine Le Pen propose de geler les taxes et de revoir leur indexation sur l'inflation, les chiffres montrent les effets de plus en plus spectaculaires de la politique française du paquet cher. De 7 à 13 euros en moins de dix ans En 2017, le paquet de 20 cigarettes de la marque la plus vendue coûtait en moyenne 7,05 euros. En 2025, il atteint 13 euros, selon l'Observatoire français des drogues et des tendances addictives (OFDT). Une augmentation de 84% en huit ans. La progression n'a toutefois pas été linéaire. Le grand tournant intervient en 2017, lorsque le gouvernement d'Édouard Philippe se fixe pour objectif de porter progressivement le prix du paquet à 10 euros afin de réduire le tabagisme. Les hausses s'enchaînent alors, souvent deux fois par an. L'objectif des 10 euros est atteint dès mars 2020 pour la marque la plus vendue. Après une période de relative stabilité, les prix repartent nettement à la hausse : 10,92 euros en moyenne en 2023, 12,54 euros en 2024 puis 13 euros en 2025 pour la marque la plus vendue, selon l'OFDT. Entre 2017 et 2024 seulement, l'organisme public calcule une augmentation de 77,9% du prix du paquet de la marque la plus vendue. Ces hausses ne résultent pas uniquement des décisions commerciales des fabricants. Si ces derniers proposent leurs tarifs, ceux-ci doivent être homologués par l'administration et leur niveau est fortement déterminé par la fiscalité. Plus de 80% du prix du paquet en taxes Car lorsqu'un fumeur achète un paquet de cigarettes, l'immense majorité de la somme ne revient ni au fabricant ni au buraliste. Le tabac supporte deux grands prélèvements : l'accise spécifique aux produits du tabac et la TVA. Selon les niveaux de prix et de fiscalité actuels, plus de 80% du prix d'un paquet de cigarettes correspondent ainsi à des prélèvements fiscaux. Sur un paquet vendu autour de 13,50 euros, cela représente un peu plus de 11 euros d'impôts et taxes, dont environ 9 euros d'accise et 2,25 euros de TVA. Le solde sert notamment à rémunérer le fabricant et le buraliste. Cette fiscalité répond d'abord à un objectif de santé publique. En rendant progressivement la cigarette plus chère, les pouvoirs publics cherchent à pousser les fumeurs à réduire leur consommation ou à arrêter. La sensibilité des consommateurs au prix est d'ailleurs loin d'être négligeable. La Direction de la Sécurité sociale rappelle que, lors des fortes hausses fiscales intervenues entre 2018 et 2020, il avait été estimé qu'une augmentation de 1% du prix du paquet entraînait une diminution d'environ 0,75% de la consommation en volume. L'inflation se répercute davantage sur la fiscalité La flambée inflationniste a également conduit l'État à revoir la mécanique fiscale. La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2023, votée fin 2022, a modifié les règles d'indexation de l'accise sur le tabac. Les tarifs et minima de perception sont revalorisés en fonction de l'inflation. Surtout, le plafond de 1,8% qui limitait auparavant la revalorisation annuelle des tarifs de l'accise a été supprimé. Autrement dit, lorsque l'inflation dépassait auparavant 1,8%, l'augmentation de ces tarifs restait limitée à 1,8%. Elle peut désormais davantage répercuter la hausse des prix. Le minimum de perception reste, lui, soumis à un plafond annuel de 3%. C'est notamment cette mécanique que contestent aujourd'hui les buralistes. Car si le prix élevé du tabac contribue à faire diminuer le nombre de fumeurs, la profession estime qu'il encourage également ceux qui continuent de fumer à se fournir hors du réseau français . 16.000 tonnes de tabac en moins chez les buralistes en cinq ans Une chose est certaine : les volumes vendus dans les bureaux de tabac français se sont effondrés. En 2020, 46.041 tonnes de tabac avaient encore été vendues dans le réseau des buralistes de France continentale, selon les données de la Direction générale des douanes exploitées par l'OFDT. En 2021, ce chiffre était tombé à 43.188 tonnes puis à 40.314 tonnes en 2022. Et la chute s'est poursuivie depuis. En 2025, seulement 30.165 tonnes ont été vendues par les buralistes, soit encore 8,2% de moins qu'en 2024. En cinq ans, le réseau a donc perdu près de 16.000 tonnes de ventes, soit environ 34%. Cette baisse traduit d'abord le recul réel du tabagisme . Mais elle ne signifie pas que l'intégralité de ces 16.000 tonnes correspond à du tabac que les Français ont cessé de consommer. Une partie des achats a lieu ailleurs. Près de 18% du tabac consommé échappe à la fiscalité française C'est justement ce que la Douane a cherché à quantifier avec l'étude TAFE, réalisée avec la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives (Mildeca). Cette étude, présentée comme la première estimation scientifique indépendante de ce marché, évalue à 8.081 tonnes la quantité de tabac consommée en France en 2023 mais échappant à la fiscalité française. Cela représente 17,7% de la consommation de tabac, contre 36.237 tonnes écoulées cette année-là dans le réseau des buralistes. Mais il serait trompeur d'assimiler ces 8.081 tonnes au seul "marché noir". L'étude estime en effet que 6.863 tonnes proviennent des achats transfrontaliers. Les ventes de rue ne représenteraient, elles, que 366 tonnes. Une partie des achats réalisés à l'étranger peut par ailleurs être parfaitement légale. Les différences de prix entre pays jouent donc un rôle important dans les stratégies d'approvisionnement des fumeurs. L'OFDT en a encore observé l'effet en 2025 : les ventes ont mieux résisté dans certains départements proches de la Belgique et du Luxembourg après les hausses de taxes décidées par ces deux pays, qui ont réduit leur avantage tarifaire par rapport à la France. Les recettes fiscales ont fondu de près de 2 milliards d'euros Et l'effondrement des volumes finit désormais par peser sur les recettes publiques. La fiscalité spécifique sur le tabac avait rapporté 14,4 milliards d'euros en 2020. Un niveau exceptionnellement élevé : les restrictions de circulation et fermetures de frontières liées au Covid avaient alors contraint une partie des fumeurs qui s'approvisionnaient habituellement à l'étranger à revenir vers les buralistes français. Depuis, la tendance est continuellement orientée à la baisse. Selon la Direction de la Sécurité sociale, le rendement de cette fiscalité est tombé à 12,7 milliards d'euros en 2024 puis 12,6 milliards en 2025. L'État encaisse donc aujourd'hui environ 1,8 milliard d'euros de moins qu'en 2020, malgré la forte augmentation du prix des cigarettes et de la fiscalité supportée par chaque paquet. La Sécurité sociale attribue cette baisse à deux phénomènes : la diminution de la consommation liée notamment aux politiques de lutte contre le tabagisme , mais également le retour, après la période exceptionnelle du Covid, à des pratiques d'approvisionnement hors du circuit officiel français. Sujets liés : Conso