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Le dollar peut-il perdre son statut de monnaie reine ? l'avertissement de Jamie Dimon

📅 08/09/2026 à 00:00 🔗 www.abcbourse.com
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Le débat sur l'avenir du dollar oppose deux logiques a priori difficiles à concilier. D'un côté, le secrétaire au Trésor Scott Bessent et le président Donald Trump semblent s'accommoder, voire encourager, une devise plus faible. En effet, elle redonne de la compétitivité aux exportations américaines et allège, en théorie, le poids réel de la dette. De l'autre, Jamie Dimon, le patron de JPMorgan Chase, s'est invité dans le débat avec un avertissement rarement formulé par un dirigeant de cette stature sur la monnaie américaine. Interrogé début août par Public Broadcasting Service, il a prévenu : si les Etats-Unis ne disposent pas de la force militaire la plus puissante au monde d'ici vingt-cinq ans, ils ne seront pas non plus la monnaie de réserve. Il a également pointé un manque de capacités de production industrielle qui fragiliserait la défense américaine en cas de conflit prolongé. Paradoxalement, ce même Scott Bessent revendique la primauté du dollar comme un pilier de sa doctrine. Il a affirmé sur CNBC en juin que la "dollar dominance" restait essentielle, présentant les opérations menées contre le Venezuela et l'Iran comme des leviers destinés à ramener ces économies dans le giron du billet vert plutôt qu'à l'en éloigner. La force militaire, socle structurel de la monnaie de réserve L'argument de Jamie Dimon renvoie à un mécanisme ancien. Le statut de monnaie de réserve d'un pays reflète historiquement son leadership géopolitique et militaire. Le dollar bénéficie depuis 1945 du statut de monnaie refuge, adossé à la puissance du gendarme mondial. Les pays placés sous protection américaine ont eu tendance, en retour, à accumuler de la dette du Trésor dans leurs réserves de change, ce qui a alimenté la demande structurelle pour le billet vert. Donald Trump n'a pas dissimulé cette dimension coercitive de la politique du dollar. Interrogé sur d'éventuelles nouvelles interventions sur les marchés, il a affirmé disposer de différents outils d'intervention, l'armée constituant l'ultime recours si nécessaire. Depuis le début de la guerre en Iran, le dollar a d'ailleurs progressé de près de 2%, porté par ce réflexe de valeur refuge, malgré un conflit dont le coût est déjà estimé à 375 milliards de dollars pour les Etats-Unis. L'appui militaire américain n'est cependant pas la seule variable en jeu : le 31 juillet dernier, le Trésor américain est intervenu directement sur le marché des changes pour soutenir le yen, aux côtés de Tokyo et, selon plusieurs sources de marché, de Séoul, la première opération conjointe de ce type depuis 1998. Une manière, pour Washington, de réaffirmer sa capacité d'action monétaire au bénéfice de ses alliés les plus alignés. Des fondations qui se fissurent Ce socle historique montre toutefois des signes d'érosion. Selon les données du FMI sur la composition en devises des réserves de change officielles (COFER), la part du dollar dans les réserves mondiales des banques centrales a reculé de manière quasi continue depuis le début des années 2000, cédant du terrain non pas au profit de l'euro ou du yen, mais de devises de réserve dites "non traditionnelles", dollar australien, dollar canadien, renminbi chinois, won sud-coréen, ainsi que de l'or physique, dont les achats par les banques centrales ont fortement progressé ces dernières années. Sur le front de la dette, la dynamique est comparable. Le Japon demeure le premier créancier étranger des Etats-Unis, avec environ 1.100 à 1.130 milliards de dollars de titres du Trésor, devant le Royaume-Uni et la Chine, dont les avoirs ont reflué progressivement pour se stabiliser autour de 760 à 800 milliards de dollars. Mais l'essentiel de la dette fédérale, qui dépassait 39.000 milliards de dollars au printemps 2026, reste porté par des créanciers domestiques, la Réserve fédérale et les investisseurs américains, qui ont largement pris le relais des acheteurs étrangers depuis le milieu des années 2010. Les créanciers étrangers ne détiendraient ainsi plus qu'environ un quart de la dette publique américaine. Certains partenaires historiques du parapluie sécuritaire américain cherchent par ailleurs à reprendre en main leur défense, c'est notamment le cas dans le Golfe, ce qui pourrait, à terme, distendre le lien entre protection militaire et achat automatique de dette américaine. Dans le reste du monde, l'appétit pour les bons du Trésor n'est plus tenu pour acquis, alimentant un débat sur une possible "de-dollarisation", même si, comme le rappellent plusieurs stratèges de marché, l'absence d'alternative crédible au dollar en tant que devise pleinement flottante et liquide limite pour l'instant l'ampleur du basculement. Le précédent britannique en tête Jamie Dimon a en tête un précédent qui donne du poids à son avertissement : le déclin de l'empire britannique au XXe siècle, sur le plan commercial comme militaire, a coïncidé avec celui de la livre sterling comme monnaie de réserve internationale. C'est ce scénario que le patron de JPMorgan dit vouloir éviter aux Etats-Unis, conscient à la fois des avantages considérables que procure le statut de première monnaie mondiale, financement à moindre coût des déficits, influence géopolitique, et des risques qu'emporterait sa perte, à commencer par une volatilité et des taux d'intérêt durablement plus élevés. Le dollar, variable d'ajustement d'un équilibre budgétaire fragile Cette tension se cristallise directement sur le financement de la dette. Pour continuer d'attirer les capitaux étrangers indispensables au financement de leurs déficits jumeaux, les Etats-Unis ne souhaitent pas voir les rendements des Treasuries s'envoler, ce qui reviendrait à en faire baisser le prix. Selon Goldman Sachs, cette volonté de contenir la hausse des taux longs revient à faire du dollar la seule variable d'ajustement disponible pour continuer d'attirer les flux de capitaux étrangers nécessaires au financement du compte courant américain. Autrement dit, à défaut de pouvoir laisser grimper les rendements pour rémunérer davantage les créanciers, c'est la monnaie elle-même qui absorbe l'ajustement, au prix d'une dépréciation. Cette stratégie n'est pas sans contrepartie. Un dollar plus faible rend certes les actifs américains moins chers pour les investisseurs étrangers, ce qui peut soutenir la demande de Treasuries. Mais il renchérit simultanément le coût des acquisitions à l'étranger pour les groupes américains, freinant leur expansion sur les marchés extérieurs, un arbitrage qui illustre la difficulté, pour Washington, de vouloir à la fois un dollar compétitif à l'export et un dollar suffisamment fort pour rester une valeur refuge incontestée. Un statu quo sous surveillance À la mi-2026, aucun des signaux considérés comme véritablement critiques pour le statut du dollar n'est encore franchi : ni un taux à trente ans durablement installé au-dessus de 5,3%, ni une perte caractérisée du réflexe de valeur refuge en période de crise, où le dollar baisserait au lieu de monter, ni un blocage politique récurrent et non maîtrisé sur le plafond de la dette. Mais la trajectoire inquiète suffisamment pour que le patron de la première banque américaine choisisse d'en faire un avertissement public, reliant explicitement l'avenir du billet vert à la capacité des Etats-Unis à maintenir leur suprématie militaire et industrielle dans les décennies à venir.