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Douze ans après avoir quitté l’Inde sur une expérience en demi-teinte, Carrefour fait son retour dans le pays. Le distributeur français a inauguré jeudi un premier hypermarché dans la banlieue de New Delhi. Cette fois, le groupe s’appuie sur un partenaire franchisé solidement implanté localement pour contourner les difficultés d’un marché aussi prometteur que complexe.
Carrefour remet un pied en Inde. Le distributeur français a officiellement inauguré ce jeudi 3 septembre son premier hypermarché indien
depuis son départ du pays en 2014
. Situé au sein du centre commercial H&S Mall, à Greater Noida West, dans la grande banlieue de New Delhi, le magasin avait ouvert ses portes dès le 14 août, à la veille de la fête de l’Indépendance indienne.
Cet hypermarché de 3.600 mètres carrés propose plus de 15.000 références. Produits frais, épicerie, boulangerie, produits d’entretien ou d’hygiène : l’enseigne a largement adapté son offre aux habitudes de consommation indiennes, tout en réservant une place à ses marques propres et à des produits internationaux. Patrick Lasfargues, directeur exécutif des partenariats internationaux de Carrefour, a fait le déplacement pour l’inauguration. Les premiers retours seraient, selon lui, encourageants.
"On s’adapte vraiment aux besoins locaux et c’est ce qui explique le très bon ressenti que nous avons auprès de la population locale", souligne-t-il, mettant en avant un assortiment pensé pour le marché indien, le "savoir-faire français" de l’enseigne et "des prix très attractifs".
Une ouverture retardée d’un an
Le retour de Carrefour ne s’est cependant pas déroulé sans difficulté. Le premier magasin devait initialement ouvrir dès l’été 2025, après l’annonce du partenariat en septembre 2024. Le calendrier a finalement pris près d’un an de retard, notamment en raison de problèmes liés au foncier, à la fiscalité et à la construction du centre commercial accueillant l’hypermarché.
Ces contretemps illustrent la difficulté d’opérer dans l’immense marché indien. Avec près de 1,5 milliard d’habitants, une classe moyenne grandissante et une consommation en plein essor, le pays constitue l’un des marchés les plus convoités de la planète. Le commerce de détail indien pesait déjà plus de 1.100 milliards de dollars en 2025 et pourrait encore tripler au cours de la prochaine décennie, selon certaines estimations.
Carrefour veut convaincre les consommateurs indiens avec son nouvel hypermarché. © Carrefour India
Mais la grande distribution moderne doit composer avec la puissance des petits commerces traditionnels, les fameux
kiranas
, et avec des réglementations particulièrement contraignantes pour les groupes étrangers. Dans le commerce de détail multimarque, les investissements étrangers restent plafonnés à 51%, sous réserve d’une autorisation gouvernementale et du respect de plusieurs conditions. Les règles peuvent en outre varier selon les États.
La concurrence est également féroce. Carrefour devra affronter les puissants groupes locaux Reliance Retail, qui exploite plus de 19.000 magasins, Avenue Supermarts avec l’enseigne DMart, mais aussi
les géants du commerce en ligne et de la livraison express tels qu’Amazon India
, Flipkart, Blinkit, Zepto, Swiggy Instamart ou BigBasket.
Un premier échec en 2014
Carrefour connaît déjà ces obstacles pour s’y être cassé les dents lors de sa première tentative. Arrivé en Inde en 2010, le groupe avait dû se cantonner au commerce de gros,
sous la forme de magasins
cash and carry
destinés aux professionnels
. Cette activité était alors plus largement ouverte aux investisseurs étrangers que la vente directe aux particuliers.
Le distributeur avait progressivement ouvert cinq magasins de gros, notamment à Delhi, Jaipur, Meerut et Agra. Mais faute d’avoir trouvé un partenaire local lui permettant de développer un véritable réseau de supermarchés et d’hypermarchés, Carrefour avait annoncé en juillet 2014 la fermeture de l’ensemble de ses implantations. Le groupe avait quitté définitivement le pays quelques mois plus tard, sur fond de performances insuffisantes et d’incertitudes réglementaires.
12 ans plus tard, Carrefour a donc profondément changé de méthode. Il n’investit pas directement dans les magasins, mais confie leur exploitation à Apparel Group dans le cadre d’un contrat de franchise. Fondé à Dubaï, ce groupe exploite plus de 2.300 magasins dans une quinzaine de pays et gère des dizaines de marques internationales. Il possédait déjà, au moment de l’annonce du partenariat, plusieurs centaines de points de vente en Inde.
"Nous avons ce partenariat en franchise avec un groupe qui possède déjà plus de 300 magasins en Inde et qui a donc une connaissance du foncier", explique Patrick Lasfargues, qui juge également le contexte économique et géopolitique indien beaucoup plus favorable qu’il y a 12 ans.
Apparel Group apporte ainsi sa connaissance des consommateurs, de l’immobilier commercial et des démarches administratives. Carrefour fournit de son côté sa marque, ses produits, ses méthodes commerciales et son savoir-faire dans la grande distribution. Un modèle qui permet au groupe français de limiter ses investissements et les risques financiers associés.
La direction de Carrefour estime désormais que les voyants sont au vert. Après ce premier magasin, Carrefour prévoit d’en ouvrir un deuxième dans un mois. D’une superficie de 1.000 mètres carrés, il sera suivi d’autres ouvertures au cours des douze prochains mois, principalement dans la région de New Delhi.
Il y a deux ans, la direction du distributeur évoquait également un déploiement dans le sud du pays, notamment à Bombay et Bangalore. Elle se montre aujourd’hui plus prudente, même si elle se dit agréablement surprise par l’accélération des projets depuis l’ouverture de ce premier magasin à la mi-août. Plusieurs foncières locales ont notamment pris contact avec Carrefour pour lui proposer de nouveaux emplacements.
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