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Une cargaison exceptionnelle de 90.000 tonnes de diesel doit parcourir plus de 19.000 kilomètres entre la Corée du Sud et l’Europe. Une opération révélatrice des tensions extrêmes sur le marché mondial, alors que la France importe environ la moitié du gazole qu’elle consomme et que son prix dépasse désormais 2,20 euros le litre.
L’Europe contrainte d'aller chercher son diesel toujours plus loin. C'est une cargaison particulièrement inhabituelle qui va quitter la Corée du sud en direction du Vieux Continent. Environ 90.000 tonnes de gazole sud-coréen doivent être chargées ce mois-ci à bord du
Priamos
, un pétrolier récemment construit, pour être acheminées vers le nord-ouest du continent, probablement à Rotterdam ou au Royaume-Uni, selon des informations consultées par
Bloomberg
.
Le navire devrait parcourir plus de 19.000 kilomètres,
vraisemblablement en passant par le canal de Suez
. Une traversée particulièrement longue pour une cargaison de carburant, organisée par le négociant Trafigura. En temps normal, le diesel produit par les raffineries sud-coréennes est principalement vendu en Asie-Pacifique.
Si cette opération devient rentable, c’est parce que le gazole se négocie beaucoup plus cher en Europe qu’en Asie. L’écart de prix entre les deux régions a récemment atteint son niveau le plus élevé depuis 2023, selon le courtier PVM. Cette prime européenne permet d’absorber le coût considérable du transport depuis la péninsule coréenne.
Des importations européennes en chute libre
Le marché européen souffre d’abord d’un manque de stocks, nettement inférieurs à leur moyenne saisonnière. Les importations européennes de diesel sont, elles, tombées de 1,97 million de barils par jour en janvier à 1,56 million en juillet, selon les données de Kpler rapportées par
Reuters
.
L’offre est simultanément perturbée sur plusieurs fronts. Les conflits au Moyen-Orient compliquent les flux de pétrole brut et de produits raffinés, tandis que
les frappes ukrainiennes ont endommagé ou arrêté plusieurs raffineries russes
. Moscou, deuxième exportateur mondial de diesel derrière les États-Unis, a d’ailleurs prolongé jusqu’au 30 septembre son interdiction d’exporter du gazole afin de préserver son marché intérieur, selon
Reuters
.
Ces tensions ont fait bondir les marges de raffinage européennes du diesel jusqu’à près de 79 dollars par baril au-dessus du Brent, un niveau record. Entre février et juillet, la composante raffinage dans le prix du gazole serait passée d’environ 10 à 35 centimes par litre, selon une analyse de la BCE. Autrement dit, la flambée à la pompe ne vient plus seulement du prix du pétrole brut : elle traduit aussi la pénurie de capacités permettant de transformer ce brut en carburant.
La France particulièrement vulnérable
La France est directement exposée. Elle importe environ la moitié du gazole qu’elle consomme, faute de capacités de raffinage suffisantes. Sa dépendance nette aux importations de diesel atteint environ 38%, contre 35% à l’échelle européenne, selon
BNP Paribas
. En 2024, le pays avait importé 25,1 millions de mètres cubes de gazole, dont 28% en provenance du Moyen-Orient.
Cette fragilité résulte notamment de la fermeture progressive des raffineries françaises. Le pays ne compte plus que six sites métropolitains traitant du pétrole brut ou de la biomasse, pour une capacité d’environ 57 millions de tonnes par an. Au printemps, le gouvernement avait demandé aux industriels d’étudier une hausse de leur production.
La raffinerie de Gravenchon envisageait notamment de produire jusqu’à 15.000 tonnes de diesel supplémentaires par mois
, mais les sites de Totalenergies fonctionnaient déjà à leur capacité maximale.
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Cette tension se répercute désormais fortement à la pompe. Au 2 septembre, le gazole coûtait en moyenne 2,22 euros le litre en France, contre 2,064 euros pour le SP95-E10. Le diesel, longtemps moins cher que l’essence, affiche ainsi une prime de près de 17 centimes par litre.
L’arrivée de cargaisons venues de Corée du Sud, comme la hausse attendue des exportations chinoises, devrait contribuer à éviter une rupture physique d’approvisionnement. Mais elle ne suffira pas nécessairement à faire rapidement baisser les prix. À l’approche de l’hiver, période durant laquelle le diesel entre également en concurrence avec certains combustibles de chauffage, l’Europe devra continuer à payer cher pour attirer des cargaisons produites à l’autre bout du monde.
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