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Wall Street mobilise des milliers de milliards pour la nouvelle bataille industrielle américaine

📅 27/08/2026 à 00:00 🔗 www.abcbourse.com
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C'est JPMorgan qui a ouvert la voie, le 13 octobre 2025, avec sa Security and Resiliency Initiative (SRI), un plan de 1.500 milliards de dollars sur dix ans. Jamie Dimon, prĂ©sident et directeur gĂ©nĂ©ral du groupe, a justifiĂ© cette initiative en des termes sans ambiguĂŻtĂ© : il est devenu, selon lui, "douloureusement clair" que les États-Unis se sont trop reposĂ©s sur des sources non fiables pour leurs minerais critiques, leurs produits et leur capacitĂ© de production manufacturiĂšre, autant d'Ă©lĂ©ments qu'il juge essentiels Ă  la sĂ©curitĂ© nationale du pays. Il a rĂ©itĂ©rĂ© cet avertissement en mai 2026 dans sa lettre aux actionnaires, pointant explicitement la dĂ©pendance amĂ©ricaine Ă  des adversaires potentiels, au premier rang desquels la Chine, pour les produits militaires essentiels. Le plan s'articule autour de quatre grands domaines, eux-mĂȘmes dĂ©clinĂ©s en 27 sous-catĂ©gories : ChaĂźnes d'approvisionnement et industrie manufacturiĂšre avancĂ©e : minerais critiques, prĂ©curseurs pharmaceutiques, robotique, construction navale. DĂ©fense et aĂ©rospatial : technologies de dĂ©fense, systĂšmes autonomes, drones, communications sĂ©curisĂ©es, connectivitĂ© de nouvelle gĂ©nĂ©ration. IndĂ©pendance et rĂ©silience Ă©nergĂ©tiques : stockage par batteries, Ă©nergie distribuĂ©e, rĂ©silience du rĂ©seau Ă©lectrique. Technologies stratĂ©giques et de rupture : intelligence artificielle, cybersĂ©curitĂ©, informatique quantique. Ce qui distingue fondamentalement JPMorgan de ses deux concurrentes, c'est l'ampleur de son engagement en fonds propres. La banque a prĂ©vu de dĂ©ployer jusqu'Ă  10 milliards de dollars de son propre capital en investissements directs et en capital-risque dans des entreprises amĂ©ricaines sĂ©lectionnĂ©es, en plus de son activitĂ© classique de financement et de conseil. Sous l'Ă©gide de notre direction, notamment Jamie Dimon , prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral de JPMorgan Chase, Todd Combs , responsable du groupe d'investissement stratĂ©gique ISR, et Jay Horine , responsable mondial de l'ISR, le Conseil consultatif externe ISR rĂ©unit un groupe exceptionnel de dirigeants des secteurs public et privĂ©. Leur expertise collective oriente la stratĂ©gie et les prioritĂ©s d'investissement, garantissant ainsi une approche globale du soutien aux industries essentielles Ă  la sĂ©curitĂ© et Ă  la rĂ©silience Ă©conomique. Les membres du Conseil consultatif externe comprennent : Jeff Bezos , prĂ©sident exĂ©cutif d'Amazon et fondateur de Blue Origin Chris Cavoli , gĂ©nĂ©ral (Ă  la retraite) ; commandant suprĂȘme des forces alliĂ©es en Europe et commandant du commandement amĂ©ricain en Europe Michael Dell , prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral de Dell Technologies Ann Dunwoody , commandante gĂ©nĂ©rale (Ă  la retraite) du commandement du matĂ©riel de l'armĂ©e amĂ©ricaine Jim Farley , prĂ©sident et chef de la direction de Ford Motor Company Robert Gates , ancien secrĂ©taire Ă  la DĂ©fense des États-Unis Alex Gorsky , ancien prĂ©sident-directeur gĂ©nĂ©ral de Johnson C Johnson Paul Nakasone , gĂ©nĂ©ral (Ă  la retraite), ancien directeur de la NSA et commandant du commandement de la cybersĂ©curitĂ© Phebe Novakovic , prĂ©sidente-directrice gĂ©nĂ©rale de General Dynamics Condoleezza Rice , ancienne secrĂ©taire d'État amĂ©ricaine Paul Ryan , associĂ© chez Solamere Capital, ancien prĂ©sident de la Chambre des reprĂ©sentants des États-Unis Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie en 2022, Jamie Dimon s'intĂ©resse de plus en plus Ă  la politique internationale, et n'hĂ©site pas Ă  rappeler que les dĂ©mocraties occidentales doivent se ressaisir. Il s'inquiĂšte notamment de la production de biens essentiels, comme les armes, les terres rares et la pĂ©nicilline, affirmant que le secteur manufacturier est Ă  la traĂźne et qu'un plan d'investissement est indispensable. « La sĂ©curitĂ© nationale est cruciale, non seulement pour nous, mais aussi pour de nombreux pays », a dĂ©clarĂ© Dimon Ă  Maria Bartiromo, prĂ©sentatrice de Fox News. « Si vous aviez encore la moindre illusion sur la paix dans le monde
 elle a Ă©tĂ© anĂ©antie. » Le PDG a longtemps cherchĂ© Ă  jouer un rĂŽle de figure emblĂ©matique du monde des affaires, Ă  l'instar du banquier amĂ©ricain le plus cĂ©lĂšbre. Cette nouvelle initiative en matiĂšre de sĂ©curitĂ© nationale le rapproche de l'objectif de reproduire l'Ɠuvre des Morgan, figures tutĂ©laires de la banque, qui ont contribuĂ© Ă  rĂ©unir magnats de l'industrie et financiers de l'Ăąge d'or amĂ©ricain pour soutenir la rĂ©volution industrielle et prĂ©venir les crises financiĂšres. Plusieurs opĂ©rations concrĂštes ont dĂ©jĂ  Ă©tĂ© rattachĂ©es Ă  cette enveloppe : la banque a ainsi facilitĂ© un investissement dans MP Materials, l'un des rares producteurs amĂ©ricains de terres rares, ainsi qu'un apport en capital de 75 millions de dollars dans Perpetua Resources, positionnĂ©e pour bĂątir une chaĂźne d'approvisionnement domestique en antimoine, un mĂ©tal jugĂ© crucial pour la dĂ©fense. Sur le segment des drones, Jamie Dimon a explicitement inscrit ce secteur aux cĂŽtĂ©s de l'IA et de l'informatique quantique, pariant sur une trajectoire de production militaire nationale similaire Ă  celle qu'a connue l'industrie des semi-conducteurs : longtemps nĂ©gligĂ©e, puis Ă©rigĂ©e en prioritĂ© fĂ©dĂ©rale, puis massivement financĂ©e. L'initiative a par ailleurs Ă©tĂ© Ă©tendue Ă  l'Europe courant 2026, Dimon justifiant cet Ă©largissement par une vulnĂ©rabilitĂ© partagĂ©e entre AmĂ©ricains et EuropĂ©ens sur les minerais critiques. Chuka Umunna, ancien membre du Parlement britannique qui dirigera l’initiative ISR de JPMorgan au Royaume-Uni, a dĂ©clarĂ© Ă  l’émission « Squawk Box Europe » de CNBC que la force de la banque repose « sur la force des États-Unis ». « La force des États-Unis repose sur trois piliers : la puissance militaire, la puissance Ă©conomique et la soliditĂ© de ses alliances », a-t-il dĂ©clarĂ©. « Or, il est devenu Ă©vident que les États-Unis et l’Occident sont devenus trop dĂ©pendants de chaĂźnes d’approvisionnement et de sources peu fiables et imprĂ©visibles pour les Ă©lĂ©ments essentiels Ă  leur sĂ©curitĂ© et Ă  leur rĂ©silience Ă©conomique nationales. » Chuka Umunna a dĂ©clarĂ© qu’en Europe, l’initiative SRI se concentrerait sur cinq pays clĂ©s : le Royaume-Uni, la France, l’Allemagne, la Pologne et l’Italie. Il a toutefois ajoutĂ© que tous les États membres de l’UE et de l’OTAN seraient inclus dans cette stratĂ©gie. Morgan Stanley : un rĂŽle d'intermĂ©diaire de marchĂ© Dix mois aprĂšs JPMorgan, le 10 aoĂ»t 2026, Morgan Stanley a annoncĂ© sa propre Innovation Infrastructure Initiative, avec un montant identique de 1.500 milliards de dollars sur dix ans. Dan Simkowitz, co-prĂ©sident de la banque, l'a prĂ©sentĂ©e comme la contribution de l'Ă©tablissement au prochain chapitre Ă©conomique du pays, Ă©voquant une pĂ©riode d'investissement et d'innovation majeure dans la technologie, les infrastructures et les secteurs jugĂ©s stratĂ©giques. Le plan de Morgan Stanley reprend une architecture proche de celle de JPMorgan, organisĂ©e en trois volets : Plateformes d'innovation et industries stratĂ©giques : intelligence artificielle, informatique avancĂ©e et quantique, semi-conducteurs, infrastructures de donnĂ©es, cybersĂ©curitĂ©, aĂ©rospatial et dĂ©fense, pharmacie, minerais critiques, rĂ©industrialisation. Infrastructures pour l'Ă©conomie de l'innovation : financement des infrastructures numĂ©riques, physiques et Ă©nergĂ©tiques, ainsi que des chaĂźnes d'approvisionnement critiques nĂ©cessaires Ă  une Ă©conomie plus gourmande en puissance de calcul et en Ă©nergie. Capital pour les entreprises de construction et de croissance : accompagnement des fondateurs et entreprises Ă©tablies, de leur crĂ©ation jusqu'Ă  leur cotation en Bourse. À la diffĂ©rence de JPMorgan, Morgan Stanley se positionne avant tout comme un intermĂ©diaire de marchĂ© plutĂŽt que comme un investisseur direct : la banque entend mobiliser ce montant via l'ensemble de ses mĂ©tiers, conseil, marchĂ©s de capitaux, gestion de patrimoine et gestion d'actifs, sans annoncer d'engagement en fonds propres comparable aux 10 milliards de dollars de JPMorgan. Elle s'appuie notamment sur sa couverture de recherche dĂ©diĂ©e aux sociĂ©tĂ©s privĂ©es et sur son Sommet des fondateurs (Founders Summit) pour identifier et accompagner les entreprises de la chaĂźne de valeur stratĂ©gique, de l'amorçage jusqu'Ă  l'accĂšs aux marchĂ©s publics. Bank of America : centrĂ© sur les infrastructures physiques Deux jours aprĂšs Morgan Stanley, le 12 aoĂ»t 2026, Bank of America a dĂ©voilĂ© sa Critical Infrastructure Finance Initiative, un plan de 250 milliards de dollars sur une fenĂȘtre resserrĂ©e de dix-huit mois, du 1er janvier 2026 au 4 juillet 2027, une pĂ©riode symboliquement calĂ©e sur la cĂ©lĂ©bration du 250e anniversaire du pays. Contrairement Ă  ses deux concurrentes, Bank of America ne cible pas dix ans mais un cycle d'investissement immĂ©diat, ce qui en fait le plan le plus intense en rythme annuel de dĂ©ploiement. Le dispositif se structure en trois catĂ©gories : les infrastructures numĂ©riques (data centers, semi-conducteurs, tĂ©lĂ©communications), les infrastructures Ă©nergĂ©tiques (production conventionnelle et renouvelable, stockage) et les infrastructures dites de base (transports, rĂ©seaux d'eau, optimisation du rĂ©seau Ă©lectrique, minerais critiques). Elle couvrira Ă©galement la production d'Ă©lectricitĂ© conventionnelle et renouvelable et le stockage de l'Ă©nergie, en plus des infrastructures essentielles comme les transports, le gaz naturel, les rĂ©seaux d'eau et les minĂ©raux critiques. Elle sera mesurĂ©e du dĂ©but de cette annĂ©e jusqu'au milieu de l'annĂ©e 2027. Bank of America n'a pas l'intention de se concentrer sur les investissements en actions dans le cadre de son initiative, mais elle n'a pas exclu cette option, a dĂ©clarĂ© Karen Fang, responsable mondiale des infrastructures et du financement durable et co-responsable des solutions de capital mondiales de la banque, dans une interview. Il reposera sur des prĂȘts sur le marchĂ© primaire, de l'investissement, des activitĂ©s de marchĂ©s de capitaux et de conseil, avec une mĂ©thodologie de comptabilisation que la banque indique vouloir aligner sur celle de son objectif de finance durable de 1.500 milliards de dollars sur dix ans, sans toutefois annoncer d'engagement direct en capitaux propres comparable Ă  celui de JPMorgan. Karen Fang, co-responsable des solutions de capital global chez Bank of America, a justifiĂ© l'ampleur du programme en expliquant que rĂ©pondre aux besoins d'infrastructures croissants du pays impose de mobiliser des capitaux Ă  grande Ă©chelle sur des secteurs de plus en plus interconnectĂ©s. Reconstruire une souverainetĂ© industrielle, Ă©nergĂ©tique et technologique Cinq secteurs, un mĂȘme diagnostic Ces trois plans, ciblent systĂ©matiquement les mĂȘmes familles de secteurs, ce qui n'a rien d'un hasard. Les minerais critiques , parce que la dĂ©pendance y est la plus extrĂȘme et la mieux documentĂ©e de toutes. La Chine contrĂŽle aujourd'hui environ 90% des capacitĂ©s mondiales de raffinage des terres rares, contre une part americaine marginale, alors mĂȘme que les États-Unis ne dĂ©tiennent qu'environ 2% des rĂ©serves mondiales connues. L'Ă©cart est encore plus frappant en aval : la Chine fabrique environ 94% des aimants permanents Ă  base de terres rares, ces composants indispensables aux moteurs Ă©lectriques, aux Ă©oliennes et aux systĂšmes de guidage militaires. C'est ce goulot d'Ă©tranglement au stade du raffinage, et non l'extraction elle-mĂȘme, oĂč les gisements sont plus dispersĂ©s dans le monde, qui explique pourquoi JPMorgan a choisi d'investir directement dans MP Materials et Perpetua Resources plutĂŽt que de se contenter de financer de nouvelles mines : sans capacitĂ© de transformation domestique, l'extraction de minerai brut ne rĂ©duit en rien la dĂ©pendance stratĂ©gique. C'est aussi ce secteur qui a le plus dĂ©montrĂ©, dĂšs janvier 2026, sa capacitĂ© Ă  ĂȘtre utilisĂ© comme arme Ă©conomique : les restrictions chinoises Ă  l'export de dysprosium, de terbium et de gallium visant le Japon ont servi de rappel brutal que PĂ©kin peut transformer sa domination industrielle en levier diplomatique et sĂ©curitaire. La construction navale , car l'Ă©cart de capacitĂ© y est probablement le plus spectaculaire de tous les secteurs ciblĂ©s. La Chine reprĂ©sente aujourd'hui environ la moitiĂ© du tonnage mondial construit chaque annĂ©e, contre Ă  peine 0,1% Ă  1% pour les États-Unis, un Ă©cart qu'une prĂ©sentation du renseignement naval amĂ©ricain a chiffrĂ© Ă  plus de 230 fois en faveur de la Chine sur la capacitĂ© de production totale. Un seul chantier naval chinois construit, en un an, davantage de tonnage commercial que l'ensemble de l'industrie amĂ©ricaine depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Cet Ă©cart conditionne directement la capacitĂ© de la marine amĂ©ricaine Ă  construire, rĂ©parer et remplacer rapidement des navires de guerre en cas de conflit prolongĂ©, Ă  un moment oĂč la marine chinoise a dĂ©passĂ© la marine amĂ©ricaine en nombre de bĂątiments, mĂȘme si les États-Unis conservent l'avantage en tonnage total grĂące Ă  leurs porte-avions nuclĂ©aires. C'est ce constat qui explique que la construction navale figure nommĂ©ment parmi les 27 sous-catĂ©gories du plan JPMorgan, aux cĂŽtĂ©s de secteurs plus mĂ©diatiques comme l'IA ou les semi-conducteurs. La dĂ©fense, avec un accent particulier sur les drones et les systĂšmes autonomes , parce que la guerre en Ukraine a dĂ©montrĂ© en conditions rĂ©elles la place centrale que peuvent prendre des armements low-cost et produits en masse face Ă  des arsenaux traditionnels coĂ»teux, tandis que l'industrie chinoise du drone civil et commercial, dominĂ©e par des acteurs comme DJI, occupe une position largement dominante Ă  l'Ă©chelle mondiale, y compris sur des composants dont les usages civils et militaires se recoupent. Le choix de Jamie Dimon d'inscrire les drones aux cĂŽtĂ©s de l'IA et de l'informatique quantique traduit un pari explicite : que la production de drones militaires suive la mĂȘme trajectoire que celle des semi-conducteurs avant elle, longtemps nĂ©gligĂ©e par l'industrie amĂ©ricaine, puis brutalement Ă©rigĂ©e en prioritĂ© fĂ©dĂ©rale Ă  partir du moment oĂč la dĂ©pendance est devenue politiquement intolĂ©rable. L'intelligence artificielle et les semi-conducteurs , parce qu'ils constituent le socle technologique sur lequel repose la compĂ©titivitĂ© de tous les autres secteurs ciblĂ©s, de la dĂ©fense Ă  l'Ă©nergie en passant par la manufacture avancĂ©e, et parce que cette dĂ©pendance capacitaire, Ă  la diffĂ©rence des minerais ou de la construction navale, ne porte pas sur l'accĂšs Ă  une ressource physique mais sur la capacitĂ© de calcul elle-mĂȘme, devenue un actif stratĂ©gique Ă  part entiĂšre. C'est Ă©galement le secteur oĂč les besoins de financement sont les plus vertigineux : McKinsey estime que les seules infrastructures de calcul liĂ©es Ă  l'IA nĂ©cessiteront environ 5.200 milliards de dollars d'investissement mondial d'ici 2030, ce qui explique pourquoi les trois banques, mais aussi Nvidia elle-mĂȘme via sa coalition Ă  500 milliards de dollars annoncĂ©e le mĂȘme 10 aoĂ»t 2026, cherchent Ă  se positionner comme intermĂ©diaires de ce financement plutĂŽt que comme simples observateurs d'un cycle d'investissement qui les dĂ©passerait largement en volume. Les infrastructures Ă©nergĂ©tiques , parce que l'essor de l'intelligence artificielle a transformĂ© l'Ă©lectricitĂ© disponible en contrainte immĂ©diate au dĂ©ploiement des data centers, davantage encore que la disponibilitĂ© des puces elles-mĂȘmes. Un data center de nouvelle gĂ©nĂ©ration peut consommer autant d'Ă©lectricitĂ© qu'une ville de taille moyenne, et la multiplication de ces projets Ă  travers le pays met sous tension des rĂ©seaux Ă©lectriques vieillissants, construits pour une demande bien infĂ©rieure. Cette contrainte explique que les trois banques ciblent explicitement, au sein de leurs plans, le stockage par batteries, la rĂ©silience du rĂ©seau et la production d'Ă©nergie sous toutes ses formes, la disponibilitĂ© Ă©lectrique Ă©tant devenue, de fait, aussi dĂ©terminante que la disponibilitĂ© en capital pour la rĂ©ussite du dĂ©ploiement de l'IA aux États-Unis. Cette convergence sectorielle traduit un mĂȘme diagnostic partagĂ© par les trois Ă©tablissements : les États-Unis ont laissĂ© se dĂ©velopper, sur plusieurs dĂ©cennies de mondialisation fondĂ©e sur le coĂ»t le plus bas, des dĂ©pendances jugĂ©es aujourd'hui incompatibles avec leurs intĂ©rĂȘts de sĂ©curitĂ© nationale et Ă©conomique. La rhĂ©torique de l'administration Trump sur la rĂ©industrialisation a certainement accĂ©lĂ©rĂ© et lĂ©gitimĂ© politiquement ces annonces, mais le diagnostic sous-jacent dĂ©passe le seul cadre d'une administration : il traduit une tendance de fond, dĂ©jĂ  prĂ©sente dans les discours de Jamie Dimon depuis 2023, qui s'inscrit dans un mouvement plus large de fragmentation gĂ©oĂ©conomique observĂ© depuis plusieurs annĂ©es, tensions sino-amĂ©ricaines, relocalisations industrielles, course mondiale Ă  la maĂźtrise des technologies critiques. L’administration Trump a donnĂ© le ton Depuis son retour Ă  la Maison-Blanche en janvier 2025, Donald Trump a engagĂ© une transformation profonde du rapport entre l'État fĂ©dĂ©ral amĂ©ricain et le secteur privĂ©. En moins de deux ans, Washington est passĂ© du rĂŽle traditionnel de rĂ©gulateur et de subventionneur Ă  celui d'actionnaire direct, de crĂ©ancier privilĂ©giĂ© et de bĂ©nĂ©ficiaire de revenus commerciaux dans des dizaines d'entreprises stratĂ©giques. Cette bascule, marque selon plusieurs observateurs la rupture la plus significative avec le consensus Ă©conomique libĂ©ral qui prĂ©valait depuis Ronald Reagan. Ces prises de participation visent Ă  soutenir des entreprises amĂ©ricaines clĂ©s et, par consĂ©quent, Ă  rĂ©duire la dĂ©pendance des États-Unis vis-Ă -vis de la Chine, Ă  contribuer Ă  la relocalisation de la production industrielle essentielle et Ă  apporter un soutien financier et en termes de rĂ©putation aux entreprises nationales innovantes. La diffĂ©rence entre aujourd'hui et 2008 rĂ©side dans le fait que la dĂ©cision de l'administration Trump de prendre une participation dans des entreprises privĂ©es jugĂ©es stratĂ©giques n'est pas un sauvetage, mais un investissement proactif visant Ă  garantir, ou du moins Ă  soutenir, les capacitĂ©s amĂ©ricaines dans des secteurs critiques et Ă  Ă©viter une dĂ©pendance accrue aux chaĂźnes d'approvisionnement basĂ©es en Chine. On pourrait y voir une mesure dĂ©fensive qui cherche simplement Ă  Ă©viter que les Etats-Unis ne soient totalement dĂ©pendants des mines, de la transformation et de l'approvisionnement chinois. Dans une perspective plus interventionniste, cette dĂ©marche vise Ă  crĂ©er une chaĂźne d'approvisionnement parallĂšle capable de couvrir les besoins minimaux des États-Unis et de leurs alliĂ©s. Durant la majeure partie du siĂšcle dernier, l'État amĂ©ricain n'est intervenu directement dans l'Ă©conomie qu'en temps de crise exceptionnelle. Pendant la Seconde Guerre mondiale, Washington a rĂ©quisitionnĂ© des secteurs industriels entiers pour soutenir l'effort de guerre. En 2008, il a pris des participations dans des banques, des constructeurs automobiles et des compagnies d'assurance afin de stabiliser le systĂšme financier. Ces interventions Ă©taient temporaires, motivĂ©es par l'urgence et conçues pour ĂȘtre levĂ©es une fois le danger immĂ©diat Ă©cartĂ©. La situation actuelle est diffĂ©rente. L'État n'attend plus la crise. Il investit activement dans les secteurs clĂ©s de l'Ă©conomie du XXIe siĂšcle. Ce changement ne se limite pas Ă  la rĂ©glementation ou aux subventions, mais concerne la propriĂ©tĂ©. L'AmĂ©rique ressemble de moins en moins Ă  l'exemple du libre marchĂ© de l’ùre nĂ©olibĂ©rale et de plus en plus Ă  un actionnaire stratĂ©gique, constituant un portefeuille d'actifs nationaux dans les semiconducteurs et les minĂ©raux, qui s'Ă©tendra Ă  l'Ă©nergie, aux biotechnologies et Ă  d'autres secteurs d'intĂ©rĂȘt. Pendant quarante ans, la politique industrielle amĂ©ricaine a Ă©tĂ© guidĂ©e par le fondamentalisme marchĂ©. Le secteur privĂ© Ă©tait le moteur de l'innovation, tandis que l'État jouait un rĂŽle de rĂ©gulateur souple et de facilitateur de la mondialisation, garantissant l'accĂšs aux marchĂ©s pour des raisons gĂ©opolitiques. La Silicon Valley a prospĂ©rĂ©. Les capitaux circulaient librement. La production manufacturiĂšre a Ă©tĂ© dĂ©localisĂ©e dans une optique de rentabilitĂ©, Washington confiant de fait sa base industrielle aux seules forces du marchĂ©. Mais ce modĂšle commence Ă  montrer ses limites. Des Ă©vĂ©nements rĂ©cents, tels que la pandĂ©mie de COVID-19, la pĂ©nurie de semiconducteurs et l'Ă©mergence de la Chine comme superpuissance techno-industrielle, ont mis en lumiĂšre les profondes vulnĂ©rabilitĂ©s des États-Unis. La principale d'entre elles est leur manque d’envergure industrielle dans les secteurs stratĂ©giques, des domaines oĂč le volume, la rapiditĂ© et la compĂ©titivitĂ© sont indispensables Ă  la rĂ©silience nationale et au maintien d'une position de leader mondial. Ce dĂ©ficit reflĂšte une tendance amĂ©ricaine plus gĂ©nĂ©rale Ă  croire que le sentiment de supĂ©rioritĂ© technologique, dĂ©jĂ  en train de s'Ă©roder face Ă  la Chine, peut compenser leurs carences matĂ©rielles et industrielles, une croyance en contradiction avec la rĂ©alitĂ© industrielle. Ce n'est pas la premiĂšre fois que les États-Unis abandonnent le principe du laissez faire au profit d'une intervention directe de l'État. Durant la PremiĂšre Guerre mondiale, le prĂ©sident Woodrow Wilson crĂ©a le War Industries Board afin de coordonner l'allocation des matiĂšres premiĂšres et d'uniformiser la production pour soutenir l'effort de guerre. Le gouvernement nationalisa les chemins de fer et exerça un contrĂŽle sur les rĂ©seaux tĂ©lĂ©graphiques pour garantir des transports fiables et des communications sĂ©curisĂ©es dans le cadre de la lutte contre l'Allemagne impĂ©riale. Durant la Seconde Guerre mondiale, le rĂŽle de Washington prit une ampleur encore plus considĂ©rable. Le War Production Board du prĂ©sident Theodore Roosevelt convertit des pans entiers de l'Ă©conomie civile Ă  l'effort de guerre : les usines automobiles produisirent en masse des chars et des avions, le caoutchouc et l'essence furent rationnĂ©s, et l'acier fut rĂ©orientĂ© vers la construction navale. Le gouvernement imposa Ă©galement un contrĂŽle des prix et nationalisa mĂȘme des industries comme l'extraction du charbon lorsque des grĂšves menaçaient la production. Les États-Unis devinrent « l'arsenal de la dĂ©mocratie » en produisant une quantitĂ© massive de matĂ©riel militaire. Cette mobilisation extraordinaire augmenta le PIB rĂ©el de 72% entre 1940 et 1945, et Ă  son apogĂ©e, une grande partie de l'activitĂ© Ă©conomique amĂ©ricaine Ă©tait gĂ©rĂ©e ou orientĂ©e par les autoritĂ©s fĂ©dĂ©rales pour soutenir l'effort de guerre. À la fin des annĂ©es 1980, face Ă  la concurrence de l'industrie japonaise des semiconducteurs, le gouvernement amĂ©ricain et 14 entreprises technologiques ont formĂ© un consortium public-privĂ© appelĂ© SEMATECH. FinancĂ© par le dĂ©partement de la DĂ©fense et ses membres, SEMATECH avait pour objectif d'amĂ©liorer la production amĂ©ricaine de semi-conducteurs, une collaboration qui a permis aux États-Unis de retrouver leur position de leader au milieu des annĂ©es 1990. Lors de la pandĂ©mie de COVID-19, le gouvernement fĂ©dĂ©ral est intervenu Ă  une Ă©chelle sans prĂ©cĂ©dent. Par le biais de l'opĂ©ration Warp Speed, il a financĂ© directement le dĂ©veloppement et la production de vaccins, garanti le maintien des salaires dans le secteur aĂ©rien, injectĂ© des liquiditĂ©s sur les marchĂ©s et autorisĂ© la RĂ©serve fĂ©dĂ©rale Ă  acheter des obligations d'entreprises. Le fil conducteur est clair : lorsque la sĂ©curitĂ© nationale ou la stabilitĂ© systĂ©mique sont menacĂ©es, les États-Unis n’ont jamais hĂ©sitĂ© Ă  dĂ©ployer tout leur pouvoir de l’État pour orienter les marchĂ©s, soutenir les industries, voire saisir des actifs au nom de l’intĂ©rĂȘt national. La diffĂ©rence aujourd’hui ne rĂ©side pas dans le fait de savoir si Washington intervient, mais comment. Tout a commencĂ© par des contrĂŽles Ă  l’exportation des puces de pointe vers la Chine en octobre 2022. Puis est venue la loi CHIPS and Science Act, allouant plus de 52 milliards de dollars pour subventionner la fabrication de semi-conducteurs. Ont suivi des programmes de prĂȘts ciblĂ©s, des crĂ©dits d’impĂŽt et des partenariats pour les minĂ©raux critiques. Ces mesures reflĂ©taient une stratĂ©gie de rĂ©duction des risques, non pas un dĂ©couplage total, mais une diminution de la dĂ©pendance Ă  l’égard de la Chine tout en restaurant la souverainetĂ© industrielle. Sous l'administration Trump, on observe dĂ©sormais un passage des subventions Ă  la prise de participation, des incitations Ă  l'appropriation. Les États-Unis ne se contentent plus de garantir l'industrie, ils en deviennent actionnaires. Cela marque la rupture la plus nette Ă  ce jour avec le consensus nĂ©olibĂ©ral et le signal le plus clair de l'Ă©mergence d'un nouveau modĂšle, que nous dĂ©finirons plus loin comme l'État-portefeuille. « Des dĂ©cennies de politiques inefficaces Ă  Washington ont fragilisĂ© le tissu industriel amĂ©ricain et rendu les AmĂ©ricains dĂ©pendants des importations Ă©trangĂšres pour des  biens essentiels Ă  notre sĂ©curitĂ© nationale et Ă©conomique », a dĂ©clarĂ© Kush Desai, porte-parole de la Maison Blanche. « L’administration Trump s’emploie donc Ă  corriger les politiques du “L’AmĂ©rique d’abord” qui ont laissĂ© notre pays Ă  la traĂźne, tout en adoptant les politiques traditionnelles de libre marchĂ© qui ont fait leurs preuves, de la dĂ©rĂ©glementation aux rĂ©ductions d’impĂŽts. » Depuis janvier 2025, le gouvernement amĂ©ricain a investi 26,7 milliards de dollars dans trente opĂ©rations d'acquisition directe, Ă©largissant ainsi une panoplie d'outils traditionnellement axĂ©e sur les subventions, les prĂȘts et les incitations fiscales. Le dĂ©partement du Commerce est en tĂȘte avec 17 opĂ©rations de ce type, dont une prise de participation de 10 % dans Intel. La Development Finance Corporation, la banque de dĂ©veloppement des États-Unis, a rĂ©alisĂ© 6 opĂ©rations de prise de participation dans les secteurs des minĂ©raux critiques, de l'Ă©nergie et des infrastructures. Le dĂ©partement de la DĂ©fense a menĂ© 7 opĂ©rations et le dĂ©partement de l'Énergie a participĂ© Ă  2. Washington fonctionne comme un fonds souverain. Simplement, il ne l'a pas annoncĂ© en ces termes. Voici un rĂ©capitulatif : Juin : Trump signe un dĂ©cret autorisant Nippon Steel (Japon) Ă  racheter US Steel en Ă©change d'une « action privilĂ©giĂ©e », donnant ainsi au prĂ©sident un contrĂŽle Ă©tendu sur les opĂ©rations d'US Steel. Juillet : Le gouvernement devient le principal actionnaire de MP Materials, une entreprise qui produit des mĂ©taux de terres rares. AoĂ»t : L'administration annonce que le gouvernement prend une participation de 10 % dans Intel, devenant ainsi le plus important actionnaire individuel de cette entreprise amĂ©ricaine emblĂ©matique de semi-conducteurs. Outre Intel, le gouvernement amĂ©ricain a signĂ© pour prĂ©lever 15 % des ventes de puces NVIDIA et Advanced Micro Devices Ă  la Chine. En autorisant certaines ventes de puces (notamment les moins performantes), cette mesure vise Ă  maintenir la dĂ©pendance de l’écosystĂšme chinois de l’intelligence artificielle Ă  l’égard de la technologie amĂ©ricaine, tout en prĂ©levant une taxe sur la transaction. Septembre : Un accord de participation est conclu avec Lithium America, incluant une part de sa coentreprise avec General Motors sur le projet de lithium de Thacker Pass au Nevada. Octobre : Les États-Unis acquiĂšrent des participations dans la sociĂ©tĂ© canadienne Trilogy Metals, intĂ©grant ainsi le gouvernement amĂ©ricain Ă  une coentreprise avec l'australienne South32 pour dĂ©velopper le district minier d'Ambler en Alaska. Octobre : Un accord est conclu avec les propriĂ©taires canadiens de Westinghouse pour financer des rĂ©acteurs nuclĂ©aires en Ă©change d'une part des futurs bĂ©nĂ©fices pour le gouvernement, avec une option permettant d'exiger une introduction en bourse de Westinghouse et de convertir cette part des bĂ©nĂ©fices en une participation de 20 %. Novembre : Les États-Unis acquiĂšrent des participations dans le fabricant d’aimants Ă  base de terres rares Vulcan Elements, ainsi qu’un accord complĂ©mentaire avec le transformateur de terres rares ReElement Technologies, qui comprend des bons de souscription donnant au gouvernement le droit d’acheter des actions ultĂ©rieurement. Des entreprises de dĂ©fense Ă  l'horizon ? Des discussions sont en cours concernant une prise de participation dans les entreprises de dĂ©fense. Étant donnĂ© que la majeure partie de leurs revenus provient du gouvernement, les partisans estiment que cela pourrait empĂȘcher les prix abusifs et garantir que leurs prioritĂ©s soient alignĂ©es sur les intĂ©rĂȘts de sĂ©curitĂ© nationale. La politique des « enjeux stratĂ©giques » de l'administration Trump est une tentative dĂ©libĂ©rĂ©e d'influencer le comportement des entreprises et d'obtenir un pouvoir de nĂ©gociation sous couvert de renforcement des capacitĂ©s nationales dans les secteurs des semi-conducteurs, des minĂ©raux critiques et autres industries. Il y a quelques annĂ©es, son vice-prĂ©sident dĂ©clarait : « Il n'existe aucune distinction significative entre le secteur public et le secteur privĂ© au sein du rĂ©gime amĂ©ricain. » Les prĂ©mices de ces opĂ©rations sur les marchĂ©s actions remontent Ă  la signature, dĂ©but fĂ©vrier, d'un dĂ©cret prĂ©sidentiel par Trump enjoignant son administration Ă  planifier la crĂ©ation d'un fonds souverain amĂ©ricain. Un fonds souverain est un fonds d'investissement public qui gĂšre des actifs publics, gĂ©nĂ©ralement financĂ©s par des excĂ©dents budgĂ©taires ou des ressources naturelles, afin de gĂ©nĂ©rer des revenus pour l'État. Le Fonds mondial de pension public norvĂ©gien et le Fonds d'investissement public saoudien en sont des exemples notables. Les États-Unis n'ont pas besoin d'un fonds souverain, car leurs marchĂ©s de capitaux profonds et liquides sont sans Ă©gal au monde. De plus, le gouvernement fĂ©dĂ©ral est endettĂ© Ă  hauteur de 38 000 milliards de dollars, gĂšre mal ses finances et devrait laisser la crĂ©ation de richesse au secteur privĂ©. La plupart des gens perçoivent l'aide gouvernementale comme une simple subvention. On signe un chĂšque, on ne s'implique pas, et on espĂšre que ça fonctionnera. Ce modĂšle existe toujours, mais depuis 2025, Washington y a ajoutĂ© deux outils fondamentalement diffĂ©rents. Outil 1 : Prise de participation directe. L’État devient actionnaire via des actions privilĂ©giĂ©es, des actions ordinaires ou des bons de souscription. Il bĂ©nĂ©ficie ainsi de la plus-value si la valeur de l’entreprise augmente. Les participations dans Intel, L3Harris et xLight, ainsi que les investissements dans la technologie quantique, en sont des exemples. Ce programme se distingue radicalement de toutes les initiatives prises par Washington depuis les plans de sauvetage des banques en 2008. Outil 2 : Subventions et prĂȘts. L’arsenal traditionnel, dĂ©ployĂ© en complĂ©ment des prises de participation pour optimiser les incitations. Subventions de RCD du CHIPS Act, programmes de prĂȘts du DĂ©partement de l’Énergie et crĂ©dit d’impĂŽt pour investissement dans la fabrication de pointe. Ces dispositifs s’ajoutent aux prises de participation. Outil 3 : Accords d’achat et prix planchers. L’outil le plus puissant et le moins mĂ©diatisĂ©. Au lieu de simplement verser de l’argent Ă  une entreprise, l’État achĂšte sa production Ă  un prix minimum garanti, s’assurant ainsi des revenus considĂ©rables pour les annĂ©es Ă  venir. Le prix plancher de 110 $ par kilogramme de NdPr, fixĂ© Ă  110 $ sur 10 ans par MP Materials, en est l’exemple phare. L’État n’a pas seulement espĂ©rĂ© le succĂšs de MP ; il en a contractuellement garanti la rentabilitĂ©. L'association de participations, de subventions et d'un prix plancher/d'un contrat d'achat garanti crĂ©e une structure de champion national. L'État devient simultanĂ©ment copropriĂ©taire, cofinanceur et client assurĂ©. Aucun concurrent du secteur privĂ©, oĂč que ce soit, ne peut rivaliser avec ces trois aspects Ă  la fois. La Development Finance Corporation (DFC) est la banque de dĂ©veloppement du gouvernement amĂ©ricain. Son plafond d'investissement maximal Ă©tait de 60 milliards de dollars en vertu de la loi BUILD initiale. En dĂ©cembre 2025, le CongrĂšs a adoptĂ© la loi de modernisation et de reconduction de la DFC de 2025 (PL 119-60). Cette loi a relevĂ© le plafond Ă  205 milliards de dollars, Ă©tendu les pouvoirs de la DFC aux investissements nationaux en vertu de la loi sur la production de dĂ©fense et autorisĂ© la crĂ©ation d'un nouveau fonds de roulement de 5 milliards de dollars auprĂšs du TrĂ©sor. Le trait commun Ă  toutes ces opĂ©rations est qu'elles ont Ă©tĂ© menĂ©es sans vote prĂ©alable du CongrĂšs crĂ©ant un cadre lĂ©gal spĂ©cifique. L'administration s'est appuyĂ©e sur des instruments juridiques prĂ©existants, rĂ©interprĂ©tĂ©s de maniĂšre extensive : La renĂ©gociation de subventions dĂ©jĂ  votĂ©es (CHIPS and Science Act de 2022) a permis, dans le cas d'Intel, de transformer des aides non conditionnĂ©es en participation au capital. Le Defense Production Act, loi de mobilisation industrielle de la Guerre froide, a servi de base lĂ©gale Ă  l'investissement du Pentagone dans MP Materials. Le levier des licences d'exportation, rĂ©gies par les lois de contrĂŽle des exportations (Export Control Reform Act), a permis d'obtenir de Nvidia et AMD un partage de revenus sans passer par une prise de capital formelle. Le processus CFIUS (Committee on Foreign Investment in the United States), habituellement chargĂ© d'examiner les risques de sĂ©curitĂ© nationale liĂ©s aux investissements Ă©trangers, a servi de point d'appui juridique pour imposer la golden share dans l'accord US Steel-Nippon Steel. Une analyse dĂ©taillĂ©e publiĂ©e par le site spĂ©cialisĂ© Lawfare en aoĂ»t 2025 propose la synthĂšse la plus rigoureuse de la fragilitĂ© juridique de cet Ă©difice. Son auteur, Peter Harrell (Georgetown Institute for International Economic Law), relĂšve un point central : tant que les entreprises consentent formellement, aux prises de participation, l'État a de trĂšs faibles chances d'ĂȘtre attaquĂ© en justice, une entreprise ayant acceptĂ© de cĂ©der des actions au gouvernement fĂ©dĂ©ral n'a, en pratique, guĂšre intĂ©rĂȘt Ă  ensuite le poursuivre. Il observe cependant que si Trump venait Ă  exiger systĂ©matiquement des cessions d'actions comme condition d'octroi de contrats, de permis ou de licences, une contestation finirait inĂ©vitablement par survenir. Harrell souligne un argument juridique potentiellement dĂ©cisif : la doctrine dite des « major questions », rĂ©cemment consacrĂ©e par la Cour suprĂȘme (notamment dans Utility Air Regulatory Group v. EPA), selon laquelle le CongrĂšs doit « s'exprimer clairement » pour habiliter l'exĂ©cutif Ă  prendre des dĂ©cisions ayant une portĂ©e Ă©conomique et politique majeure. Une entreprise contestant une prise de participation gouvernementale pourrait ainsi soutenir que, dans un contexte oĂč l'État n'a historiquement jamais pris de participations dans le secteur privĂ©, il ne saurait invoquer des pouvoirs budgĂ©taires ou rĂ©glementaires gĂ©nĂ©raux pour justifier une pratique aussi nouvelle. Harrell conclut que si le CongrĂšs souhaite encadrer ce « nouvel Ăąge du capitalisme d'État amĂ©ricain », c'est Ă  lui d'agir, via une loi moderne inspirĂ©e du Government Corporation Control Act de 1945, plutĂŽt que d'attendre une intervention des tribunaux. Ce mouvement lĂ©gislatif transforme ce qui n'Ă©tait, Ă  l'origine, qu'une sĂ©rie d'initiatives exĂ©cutives ponctuelles en amorce d'un cadre institutionnel pĂ©renne, ce qui, paradoxalement, pourrait Ă  la fois lĂ©gitimer juridiquement la pratique et la rendre plus difficile Ă  dĂ©faire pour une future administration dĂ©mocrate. Le CFR Tracker confirme explicitement que le dĂ©partement du Commerce « Ă©tudie des moyens de soutenir les secteurs de la robotique, de l’automatisation et de la fabrication de pointe ». Un dĂ©cret prĂ©sidentiel spĂ©cifique est attendu en 2026. (Source : CFR, mai 2026 ; Politico, mars 2026) Signal Robotique et Fabrication AvancĂ©e : ÉLEVÉ, Aucun accord pour l’instant Teradyne Symbotic IRBT iRobot RR Richtech TSLA Tesla (Optimus) Drones et systĂšmes autonomes : TRÈS ÉLEVÉ, NĂ©gociations en cours Budget pour l'exercice 2027 : plus de 70 milliards de dollars pour les drones militaires. Demande du DAWG : 54,6 milliards de dollars, contre 225,9 millions l'annĂ©e prĂ©cĂ©dente. Le Bureau des investissements stratĂ©giques du Pentagone mĂšne des nĂ©gociations actives sur des financements en actions et en dette avec Performance Drone Works et Unusual Machines, et Neros Technologies visant un prix d'environ 5 000 $ par drone d'attaque. (Source : DefenseScoop) AĂ©roVironment Kratos * Chat rouge ONDS Ondas Machines insolites de l'UMAC Une course commerciale qui rĂ©pond Ă  une transformation structurelle En dĂ©finitive, ces trois initiatives se lisent Ă  deux niveaux qui ne s'excluent pas l'un l'autre. D'un cĂŽtĂ©, elles rĂ©pondent Ă  une transformation structurelle et documentĂ©e de longue date de l'Ă©conomie mondiale, que Morgan Stanley qualifie elle-mĂȘme de "nationalisme de ressources" : le passage d'une logique de coĂ»t le plus faible Ă  une logique de rĂ©silience des chaĂźnes d'approvisionnement, antĂ©rieure Ă  l'administration Trump et partagĂ©e par d'autres puissances Ă©conomiques. De l'autre, elles s'inscrivent dans une dynamique bien plus classique de compĂ©tition commerciale entre grandes banques amĂ©ricaines, oĂč l'alignement rhĂ©torique avec les prioritĂ©s de Washington comporte des bĂ©nĂ©fices tangibles, visibilitĂ©, avantage rĂ©glementaire potentiel, accĂšs privilĂ©giĂ© aux mandats de conseil sur les plus grands projets d'infrastructure du pays.