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Depuis la sortie officielle de la crise des subprimes, investir dans l'énergie a été un long chemin de croix. Je peux vous témoigner en tant qu'actionnaire de TotalEnergies que mon lot de chambrage s'est déferlé à pleine vitesse. Avec une politique monétaire accommodante moyennant des taux proches de zéro et une liquidité abondante, le marché a jeté son dévolu en faveur des actifs légers (ou light assets) comme les éditeurs de logiciels, les contenus numériques, ce qui a largement profité à l'ensemble du secteur de la tech.
À l'opposé, l'énergie, notamment les acteurs du pétrole, du gaz et du nucléaire, ont pris de plein les surcapacités de production liées à des investissements non rentables et la production massive du pétrole et de gaz de schiste à perte aux États-Unis. Sa pondération sectorielle dans les indices a diminué au point que les investisseurs s'en éloignent définitivement au profit des secteurs ou industries de croissance. La nouvelle économie représentée par la tech mettait au pas la vieille économie.
Mais maintenant, un changement de régime se met en place avec une inflation qui reste collante à distance de l'objectif des 2 % affiché par les banques centrales. La vieille économie se réveille de nouveau. Pourquoi le pétrole pourrait devenir une opportunité d'achat unique depuis plus d'une décennie, et en parallèle, une partie de la tech risquerait de subir un cycle baissier légitime.
Une image vaut mieux qu'un long débat sans fin
L'image ci-dessus vous explique en toute simplicité pourquoi on oppose l'énergie à la tech. Il ne souffre d'aucune contestation. Lors du cycle des Dotcom, la tech a battu l'énergie. De 2000 à 2008, l'énergie a remporté la bataille. De 2008 jusqu'à 2020, la tech a repris le dessus. Depuis l'entame de la décennie actuelle, et ce n'est pas un malentendu, l'énergie domine actuellement. Le ratio S&P 500 Equal-Weight Energy sur S&P 500 Equal-Weight Tech vous offre la démonstration des changements de flux institutionnels d'un secteur à un autre.
Au moment où j'écris cet article, l'énergie a généré une performance de 178 % sur les cinq dernières années contre 135 % pour la tech. En 2026, les deux secteurs se disputaient encore le leadership sectoriel, avant que la vieille économie menée par l'énergie se détache à hauteur de 43 % contre 27 % pour la tech, pénalisée par le marché baissier des éditeurs de logiciels.
Pourquoi gagner sur les deux secteurs est compliqué
Opposer l'énergie et la tech est très révélateur de l'allocation de portefeuille des investisseurs sur le temps long. Sur la décennie actuelle, les fervents de la nouvelle économie souriaient à la condition de détenir une exposition substantielle dans le hardware (semi-conducteurs, mémoires). En revanche, les éditeurs de logiciels ont bu sensiblement la tasse. Des acteurs majeurs comme Adobe (ADBE), SalesForce (CRM), Atlassian (TEAM), ServiceNow (NOW) ou Intuit (INTU) ont connu une dégringolade de leur performance boursière depuis leur dernier plus haut historique.
Dans le même temps, l'énergie, en particulier les entreprises pétrolières, faisait discrètement leur retour en force. Bien que les conflits géopolitiques les remettent sur le devant de la scène, force est de constater qu'elles ont reconstitué des bilans solides et sont armées à faire face à la volatilité des cours de l'or noir. Et pour anecdote, TotalEnergies (TTE) est redevenu la première pondération du CAC 40 au premier trimestre 2026, devant Schneider Electric (SU) et LVMH (MC).
Peut-on gagner sur les deux secteurs en même temps ? Historiquement, vous affrontez deux ambiances différentes, car la mécanique financière est trop forte pour être ignorée. La tech représente l'actif de longue duration : sa valorisation s'inscrit dans des cash flow futurs éloignées, elle est sensible à l'évolution des taux d'actualisation, elle-même dépendante du marché obligataire. Pour que ce secteur prospère, des taux d'intérêt bas et une liquidité abondante favorable au financement sont des critères critiques à sa création de valeur.
L'énergie s'appuie sur des cycles courts, l'aspect tangible, puis est intrinsèquement lié au commerce mondial. Le pétrole entre dans le compte de résultats des entreprises, c'est-à-dire qu'il exerce une pression inflationniste. La hausse des cours de l'or noir impacte notre quotidien : transport, chauffage, nourriture. Elle contribue aux anticipations d'inflation, ce qui incite les banques centrales à restreindre leur politique monétaire et monter leurs taux directeurs. De ce fait, l'envolée des taux obligataires à un certain niveau pénalisent tôt ou tard les valorisations élevées de la tech, ce qui est déjà le cas des éditeurs de logiciels. Le même raisonnement vaut aussi pour son frère éloigné, le gaz naturel.
En conclusion, les facteurs qui soutiennent le secteur de l'énergie sur la durée, concassent les valorisations dont dépend la tech. Les investisseurs doivent prendre conscience qu'ils ne pourront pas gagner des deux côtés. D'autant plus que le déploiement de l'IA a besoin de puissance de calcul, gourmande en énergie. Allons-nous assister à un passage de témoin sectoriel, signalant définitivement un changement de régime ? La réponse viendra probablement de l'évolution du marché obligataire sur les longues échéances (T-Note, T-Bond, OAT, Bund) et de potentielles actions venant des banques centrales respectives.