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Une croissance qui dépasse largement les géants de la tech
Le cas Alphabet et Amazon illustre à lui seul l'ampleur des surprises de cette saison. Alphabet a publié un bénéfice par action de 9,11 dollars contre 2,88 dollars attendus, un écart directement lié à une plus-value de 98 milliards de dollars sur des participations financières. Amazon a suivi la même trajectoire, avec 5,75 dollars de BPA contre 1,82 dollar anticipé, porté notamment par la valorisation de ses investissements dans Anthropic.
Mais retirer ces deux dossiers de l'équation ne fait pas s'effondrer la dynamique. La croissance des bénéfices du S&P 500 reste à 32% hors Alphabet et Amazon, soit la deuxième fois consécutive que l'indice dépasse 25% de croissance et la septième publication trimestrielle d'affilée en croissance à deux chiffres.
Un élément clé : 10 des 11 secteurs du S&P 500 affichent une croissance bénéficiaire positive sur un an, et 8 d'entre eux publient une progression à deux chiffres. La marge nette de l'indice ressort à 14,2%, son deuxième meilleur niveau depuis que FactSet suit cette donnée (le record est de 14,8%).
Le détail secteur par secteur
Énergie
— Le secteur le plus dynamique de la saison. Les estimations de BPA ont été révisées en hausse de 61,5% au cours du trimestre, portées par un baril de WTI moyen autour de 92,55 dollars. Les revenus progressent de 42,5% sur un an, la meilleure performance de tous les secteurs.
Services de communication
— Deuxième plus forte contribution à la surprise globale (+102,3% d'écart entre bénéfices publiés et attendus), tirée par Alphabet mais aussi EchoStar et Warner Bros. Discovery. La marge nette du secteur bondit à 28,5%, contre 15,2% un an plus tôt.
Consommation discrétionnaire
— Deuxième plus forte surprise bénéficiaire de l'indice (+100,4%), portée notamment par Amazon. La marge nette progresse fortement, de 9,4% à 16,4% sur un an.
Technologies de l'information
— Toujours au cœur de la vague IA : la marge nette atteint 31,6%, l'une des plus élevées de l'indice, et les révisions de BPA en cours de trimestre ont été les deuxièmes plus fortes de tous les secteurs (+8,7%), directement liées aux dépenses d'infrastructures IA des hyperscalers.
Matériaux
— Cité de façon récurrente parmi les secteurs en croissance à deux chiffres tout au long de la saison, bénéficiant indirectement de la demande de matières premières liée aux investissements dans les data centers et les infrastructures.
Industriels
— Portés par le déploiement massif des capex dans les data centers : les investissements 2026 des hyperscalers ont été révisés en hausse de 29% depuis novembre pour atteindre 651 milliards de dollars, soit une progression de 53% par rapport à 2025. Les industriels sont ainsi positionnés en fournisseurs incontournables ("pick-and-shovel") de la chaîne de valeur de l'IA, aux côtés de la hausse des dépenses de défense.
Services financiers
— Croissance plus modeste, +6,6%, tirée par l'activité sur les marchés de capitaux. Au sein du secteur, l'industrie bancaire progresse de 11%, avec les banques régionales en tête (+17%), portées par une activité de trading et de conseil soutenue.
Services aux collectivités (Utilities)
— Troisième secteur en termes de révisions positives de BPA, juste derrière la technologie et les matériaux. La croissance attendue pour 2026 (12,3%) est près du double de la moyenne sur 10 ans, portée par l'explosion de la demande électrique liée aux data centers IA.
Immobilier (Real Estate)
— Signal plus mitigé : le sentiment bénéficiaire reste faible et l'incertitude sur le calendrier des baisses de taux a érodé un soutien habituel du secteur, qui surperforme généralement en contexte de taux plus bas.
Consommation de base
— Progression plus modeste, dans la moyenne basse des secteurs, cohérente avec son profil traditionnellement défensif et moins sensible au cycle.
Santé
— Seul secteur de l'indice à afficher un recul de ses bénéfices sur un an, la seule ombre au tableau de cette saison.
Un contexte macroéconomique qui suit le mouvement
Cette solidité bénéficiaire s'inscrit dans un environnement macroéconomique porteur : l'indice ISM manufacturier est revenu à son plus haut niveau depuis quatre ans, le taux de chômage reste proche de 4% et les créations d'emplois accélèrent de nouveau. La croissance des indices actions ne repose donc pas uniquement sur une expansion des multiples de valorisation : les résultats des entreprises suivent, et dans une large mesure, la justifient.
Il faut néanmoins noter que la hausse des estimations de bénéfices avant même le début de la saison (+3,4%) a inversé une tendance observée depuis dix ans, où les analystes révisaient traditionnellement leurs prévisions à la baisse avant les publications.
Cette confiance en amont s'est révélée fondée, mais elle relève aussi la barre pour les trimestres à venir.
Le trait le plus marquant de cette saison n'est pas la performance des géants technologiques en tant que telle, mais la façon dont l'investissement massif dans l'intelligence artificielle diffuse ses effets bien au-delà de la Silicon Valley.
Les industriels profitent de la construction des data centers et de la demande en équipements. Les services aux collectivités bénéficient de la ruée sur l'électricité nécessaire pour faire tourner ces mêmes infrastructures.
Les matériaux profitent de la demande dérivée en composants et en métaux. Les banques et les acteurs des marchés de capitaux tirent parti du financement de ces projets pharaoniques et de l'activité de conseil qui les accompagne.
Même le secteur de l'énergie, porté avant tout par la hausse du baril, trouve dans la demande électrique liée à l'IA un relais de croissance structurel supplémentaire.
Seul le secteur de la santé reste à l'écart de cette dynamique généralisée, et l'immobilier affiche des signaux plus contrastés en raison de l'incertitude sur les taux. Mais pour le reste de l'économie cotée américaine, la vague de l'IA ne se limite plus à quelques valeurs vedettes.
Elle est devenue le moteur commun d'une croissance bénéficiaire à deux chiffres partagée par la quasi-totalité des secteurs du S&P 500. Reste à savoir si cette dynamique pourra se maintenir face à des attentes de marché désormais extrêmement élevées, où la moindre déception risque d'être sanctionnée sans ménagement.