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Le Pentagone, nouvel actionnaire stratégique de l'industrie américaine

📅 28/07/2026 à 00:00 🔗 www.abcbourse.com
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D'un bureau de prêt discret à un investisseur actif L'Office of Strategic Capital (OSC) a été créé en décembre 2022 au sein du Pentagone pour orienter des financements de type privé vers des technologies critiques peinant à trouver preneur sur les marchés traditionnels. Codifié par le National Defense Authorization Act de 2024, il reste pendant deux ans un prêteur classique, accordant des prêts directs de 10 à 150 millions de dollars, avec une enveloppe initiale de moins d'un milliard de dollars. Le retour de Donald Trump au pouvoir en janvier 2025 change la nature de l'office. Pour la première fois, le Pentagone , rebaptisé Department of War, prend des participations directes au capital d'entreprises privées, une pratique historiquement étrangère à la doctrine économique républicaine. Depuis cette date, l'exécutif a investi environ 26,7 milliards de dollars dans une trentaine d'opérations d'acquisition directe, menées notamment par le département du Commerce (participation de 10 % dans Intel), la Development Finance Corporation et le Pentagone lui-même. MP Materials, le tournant fondateur Le basculement symbolique survient le 10 juillet 2025 avec MP Materials, principal producteur américain de terres rares. Le montage combine un prêt direct de l'OSC de 150 millions de dollars, une prise de participation de 400 millions de dollars pouvant porter l'État à environ 15 % du capital, devant le fondateur de l'entreprise et BlackRock, un prix plancher de 110 dollars par kilogramme d'oxyde de néodyme-praséodyme sur dix ans, et un engagement d'achat garanti de la totalité de la production d'une future usine texane, financée en complément par JPMorgan et Goldman Sachs à hauteur d'un milliard de dollars. Ce schéma, dette, participation, prix garanti, est répliqué à un rythme soutenu : Trilogy Metals (octobre 2025), Vulcan Elements et ReElement Technologies (1,4 milliard de dollars, novembre 2025), Lithium Americas, USA Rare Earth (1,6 milliard de dollars, janvier 2026), Phoenix Tailings et Energy Fuels (1,2 milliard de dollars combinés, juin 2026). En janvier 2026, le Pentagone investit également 1 milliard de dollars dans la division missiles de L3Harris, dont l'introduction en Bourse est prévue au second semestre 2026, première prise de participation gouvernementale dans la filiale d'une entreprise cotée. Un « Deal Team Six » et trois outils d'intervention Cette accélération est pilotée par une cellule interne surnommée « Deal Team Six », officiellement l'Economic Defense Unit, créée en avril 2026 sous l'autorité du secrétaire adjoint à la Défense Stephen Feinberg, cofondateur du fonds de private equity Cerberus Capital Management. Elle revendique une capacité de financement de 200 milliards de dollars sur trois ans. Washington dispose désormais de trois instruments : la prise de participation directe (actions privilégiées, actions ordinaires, bons de souscription, Intel, L3Harris, MP Materials) ; les subventions et prêts traditionnels (CHIPS Act, Department of Energy) ; et les accords d'achat à prix plancher, jugés l'outil le plus puissant car il garantit contractuellement la rentabilité d'une entreprise plutôt que de simplement espérer son succès. Le NSFF, changement d'échelle structurel Annoncé le 17 juillet 2026, le National Security Fund Finance (NSFF) ne se limite pas à un apport de capital supplémentaire : il transforme le mode opératoire de l'OSC. Plutôt que d'évaluer chaque entreprise individuellement, l'office prêtera désormais à des gestionnaires de fonds qualifiés, qui combineront ce capital public avec des capitaux privés pour investir dans un portefeuille de sociétés actives sur les minéraux critiques, un effet de levier organisationnel autant que financier. Le dispositif s'appuie sur 500 millions de dollars de subventions de crédit, alloués par le One Big Beautiful Bill Act de juillet 2025 et disponibles jusqu'en septembre 2029, conçus pour soutenir jusqu'à 100 milliards de dollars de prêts, un ratio de levier proche de 1 pour 200, qui donne la mesure de l'ambition du programme et de son caractère largement spéculatif. Sa réussite dépendra de la capacité du secteur privé à apporter le complément de capitaux et à identifier suffisamment de projets solvables. Le NOFO, l'avis d'appel à propositions nécessaire à son ouverture opérationnelle, restait « imminent » mais non publié à la mi-juillet 2026. Une urgence dictée par la dépendance aux terres rares Cette mobilisation s'explique par un goulot d'étranglement précis : si les gisements de terres rares existent hors de Chine, 90 % des étapes de séparation et de métallisation mondiales restent réalisées en Chine, qui contrôle environ 60 % des capacités de traitement et fournit 90 % des aimants à base de terres rares, pour seulement 38 % des réserves mondiales identifiées. Selon l'Agence internationale de l'énergie, même dans des scénarios ambitieux, les capacités hors de Chine ne couvriraient qu'un quart des besoins mondiaux de raffinage d'ici 2035. La version sénatoriale du NDAA 2027, actuellement en examen, prévoit d'étendre encore les pouvoirs de l'OSC, articipations jusqu'à 500 millions de dollars par entité, plafond de détention porté à 40 % du capital, tout en recentrant leur usage sur les seuls minéraux, matériaux critiques et batteries. De quoi institutionnaliser durablement un basculement que plusieurs observateurs américains rapprochent explicitement de la politique industrielle chinoise elle-même.